إحياء علوم السياسة : المعارضة التونسية نموذجا

25 août 2011

 

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La leçon de trop….

1 février 2010

Le chroniqueur Mohamed Galbi a rendu la plume. Il s’est éteint à l’âge de 68 ans. Pleins de calembours tragi-comiques à la pointe de son crayon doux-amer. Si Mohamed Galbi tournait des textes courts, rimés, denses et acérés. Le lecteur écorché vif tendait sa joue gauche pour re-cevoir l’humour noir de Lamha, littéralement « oeillade » sur la société, toujours décapante, subtile, meurtrière.

Quatre ou cinq lignes, rien de plus. Mais combien au second degré. Ce qui nous paraissait extrêmement concentré, était le fruit d’un longue expérience, ramenant l’étudiant parisien en philosophie, vers l’unique métier qui l’attendait à Tunis. Rédacteur à l’Agrence Tunis Afrique Presse, où il gravira les échelons jusqu’au dernier. Rédacteur en chef. Mais son crayon s’impatientait à monter le podium d’une plume. Il collabore au quotidien arabophone ASSABAH, y tient une rubrique, la fameuse lamha. « Bilingue »! il s’essaye à la la caricature. Et finalement multilingue, au scénario….

Le temps est au recueillement, certes. A la colère aussi. Je ne connaissais, comme beaucoup d’autres la tronche de si Mohamed. Il fallait attendre qu’il parte, pour le voir. Aucune interview répertoriée à la presse nationale. Aucune apparition télé. Alors que des feuillistes, des journaleux, des plumes cassées, bourdonnent comme des moustiques, à l’antenne, nous servent leur banane marron pourrie à la Une des feuilles de choux!!! Alors que d’écrivailleurs à la noix courent les continents derrière le dernier prix, filent du coton opposant à toute escale et font du népotisme subversif, à défaut d’une bourse au talent!!! Alors que des petits scribouillards dispersés, montent et remontent les grands chevaux des chroniques perso trop peso, faute d’écrire leur temps….

Alors et alors, si Mohamed est resté chez lui, bien chez lui, derrière un bureau quelconque, grattant la peau à la presse nationale… Tout les matins.
Oui, je l’ai écrit, je l’écris et je l’écrirais. La presse nationale n’est pas pire que les journaux d’opposition. Le bon journalisme est partout. Le mauvais nous colle à la peau. Pour une raison simple, la mauvaise presse a les moyens de sa propagande. Si Mohamed en est une leçon de trop!!!

Jamel HENI

Sir Khaled et les quarante journalistes…..

22 décembre 2009

Voilà un bon mois que l’on compte les coups d’une presse indigne. D’heureux cancres de la plume cassent du sucre sur le dos de syndicats, des collègues, des politiques, de paisibles épouses, d’innofensives soeurs studieuses…Ils tirent dans toutes les directions et étonnent par leur abattage !!!
La déception a poussé certains amis à leur prêter le flanc. Nous ne leur donnerons pas quant à nous cette chance ; nous ne leur baisserons pas les oreilles ni les yeux ni la tête. Non. Nous leur brandirons à la pointe des plumes les joyaux de notre presse nationale. Car nous avons encore quelques raisons de croire au professionnalisme de notre bonne vieille presse nationale. Oui. Et nous avons aussi quelques raisons de croire que l’opposition seule n’est en rien une garantie contre le mauvais journalisme. Tenons la balance égale, n’opposons guère presse nationale et presse d’opposition. La mauvaise presse est partout. Et cette justice n’admet point la doctrine des uns et des autres. Leurs aversions de chappelle…
Nous n’avonçons pas cela par simple égalitarisme formel et poéique . Nos arguments, les voici. Ils ne touchent pas à la ligne éditoriale mais bien aux attributs techniques et professionnels de note presse nationale…

L’inépuisable et excellent critique musical ; notre maître ; le très aimable Khaled Tébourbi a-t-il jamais failli à ses obligations professionnelles : celles d’animer le débat national sur la musique ?! Les têtus écrits lui viennent à la rescousse : nous lui devons une théorie morale de la critique musicale : oui nous défendons la justice aristique écrit-il il en débusquant la supercherie, la facilité et le népotisme. Il forgea dans la même veine la notion limite scientifique de la correspondance entre culture populaire et culture artistique, il en usa pour expliquer l’ étonnante symbiose entre le bon chant de jadis et son public naturellement « érudit ». L’hypothèse étant que le chant beau et juste offrait les codes auditifs du chant beau et juste !!!
Ce gaillard des colonnes n’arrête pas depuis bientôt trente ans d’en découdre avec une idéologie télé-populiste qui nous prête indécemment des lubies infra cultrelles afin de justifier sa footite ( idéologie du foot) et sa ventrite ( doctrine de la danse du ventre) tout aussi que sa haine des livres, des arts et de la pensée !!!

Ceux qui avaient suivi son excellent billet « à propos » en savent quelque chose. Quel verve sanguine, quelle précision d’arc et quelle amitié avec les mots, du Proust célinien ou l’inverse. Un homme, une opinion et la valse de la langue entre eux. La passion rendue à la raison par sens de la justice…J’en garde encore le souvenir. Khaled couchait ses mots en voix de fausset, chassé du service culture par un rédac-chef à oublier, réfugié au service sport…Souriant, il prenait son mal en « mots »….Sir Khaled Mes respects.

D’autrs noms s’entechoquent dans ma tête. Tous aussi brillants, aussi généreux. Ella Dorra Chammam, ella Fatma Karray, Si Mohamed Gualbi, Si Raouf Seddik ( un vrai philosophe ) ; si Sofien Ben Farhat, si Ridha Kéfi, ella Amel Moussa ; ella Nadia Omrane (qui jeta l’éponge) ; si Zied Krichen…. et j’en oublie. Des journalistes animateurs comme sir Haykel Bouzouita ou notre grand frère Béchir Rajab, des présentatrices bien formées comme ella Samira Mahdaoui ou si Slaheddine ben M’barek…
Tous ceux-là et d’autres belles plumes, constituent notre unique réponse à une presse de bas étage ; imbécile et heureuse !!!
Jamel HENI
Ancien journaliste à la Presse de Tunisie

Fadhel Jaïbi: je refuse de mourir mon père…

6 novembre 2009

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Ce papier fut refusé par une excellente rédaction de la place, une amie féministe s’esclaffa à l’unique intention de méditer le «dogme » théâtral : Fadhel Jaïbi ; même ma femme me fit la gueule en sanglotant : le nouveau théâtre, tu vas tout de même pas trouver à redire !!! Honnêtement, je ne reproche rien à mes amis. Le syndrome de l’artiste justifié, du contestataire incontesté s’explique et pas seulement par la publicité rédactionnelle d’une presse « instinctivement » et exclusivement élogieuse. Voici mon hypothèse.
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Fadhel Jaïbi plaide de nouveau « lumière» et s’affirme être une « exception » dans l’histoire de la Tunisie sur Hannibal TV. Ce sont ses mots, sans la moindre paraphrase ! Une fois à l’occasion de Hadha Ana, du temps de Ala Chabbi[1]. Une deuxième fois en commentaire à son « refuge » (aime-t-il à répéter) à la salle le Mondial, qui accueillera pour une durée de 09 mois Familia Production.

« Que le ministère mette à notre disposition le Mondial, est bon à prendre, commente-t-il. Nous ne cracherons pas dans la soupe. Mais j’ose encore croire que les autorités culturelles ont le devoir de soutenir des artistes de notre cran…Oui nous sommes les titans de la place théâtrale…Paradoxalement nous ne sommes pas toujours à la télé…Le mérite vous en revient (hannibal tv)…Non, nous n’avons pas arrêté la contestation. Et comment ?! Un artiste libre n’arrête pas de contester… ».

La petite personne de l’excellent réalisateur et fierté nationale, ne nous occupe pas ici. Nous ne traiterons pas non plus de sa production théâtrale. Sa prose suffisante nous impose, cependant, une réflexion. Pas seulement psychologique de l’ordre du « comment peut-on parler de soi ainsi ?!! ». Non, pas seulement.

Par-delà, une partie de notre sociologie y est jetée, un affect collectif qui investit de toutes les compétences terrestres, de toutes les qualités révolutionnaires nos artistes les plus brillants !!! Comme si nous en avions peur. Peur de s’attirer leurs foudres contestataires à tous crins, une divination a contrario, divination plus cléricale que soufie (tant elle s’applique physiquement à un homme ici-bas, à un artiste, à un concitoyen!!!)….Cela tient aussi à la sociologie de nos artistes eux-mêmes qui s’en tirent à bon compte en s’affublant de compétences sociales (politiques, syndicales, voire scientifiques !) bien au-delà de leurs compétences techniques avérées et généralement appréciées !!!

Sous d’autres cieux, cette folie des grandeurs, parce que c’en est une, aurait au moins été commentée, discutée, retournée dans tous les sens, excusée à la fin peut-être mais jamais tue, passée sous silence, comme cela est arrivé et arrivera probablement encore chez nous !

Nous n’avons pas d’hypothèse franche sur notre part de responsabilité dans cette cruelle absence de critique vis-à-vis des intellectuels!! L’intuition d’une structure tribalo-confrérique nous séduit à ce sujet, mais passons…

Nous avançons toutefois l’hypothèse chère au sociologue français Pierre Bourdieu en ce qui concerne la sociologie de l’intellectuel, en l’occurrence et par glissement conscient l’intellectuel tunisien. Le choix de Bourdieu, s’en trouve doublement indiqué par le mépris que nos intellectuels opposent à toute opinion compatriote d’une part et en vertu d’une « docilité » délibérée au syndrome du colonisé dont souffrent beaucoup d’entre eux d’autre part !!!!

Le mépris, oui c’en est bien un, que nos artistes tunisiens manifestent à l‘égard de la presse nationale et des contributions de certains de nos chercheurs, me rappellent la figure du contestataire incontesté, par simple disqualification de toute instance critique et par absolution de tout compte à rendre de leur contestation originelle, définitive et invariablement supérieure!!!

Figure du contestataire incontesté

Fadhel Jaïbi, homme de théâtre, mais aussi patron d’une maison de production, revendique le beurre de son statut : le devoir logistique et financier de l’Etat à l’égard des titans de la culture ! Il n’en revendique pas moins la figure du contestataire absolu « l’artiste est par définition contestataire » affirme-t-il… Le Pouvoir lui accorde des subventions, une « dé-censure » de son œuvre Khamsoun). Le pouvoir met à sa disposition une salle de théâtre (ce qu’il ne fait pas aux autres et ce que Fadhel Jaïbi justifie par l’unique excellence et précellence de sa production !!). Le pouvoir lui pardonne tout et le traite bien au regard de ce qui pourrait arriver à d’autres contestataires… !!!

Pourquoi. Eh bien, nous supposons que l’exécutif ne trouve aucune subversion réelle dans l’œuvre jaïbienne : son théâtre reprend les fondements explicites (désormais classiques) de la modernité : liberté, république, primauté du droit, figure de l’individu souverain, rationalisme, société civile, égalité, mixité, émancipation féminine, corps libre, liberté de conscience, un homme une voix, démocratie, justice sociale….Il n’y a rien de moins que l’idéologie officielle dans sa phase discursive ou simplement déclaratoire. Même la brillantissme khamsoun (au sens spectaculaire) ne remet pas en cause cela. Elle montre l’écart entre la législation et l’exécutif, elle le montre comme cela se fait chez Tawfik Jbali dans « klem ellil », voire dans certains bravissimes sketchs de Nahdi…Elle le montre crûment mais prise dans sa golobalité, l’œuvre (brillantissime on y insiste) ne démontre rien, ni les limites morales et politiques de ce fossé (entre les textes de loi et le réel) ni son bien-fondé historique.

Nous ne pouvons nous empêcher ici de souligner la conception « actualiste »[2] de l’histoire tunisienne comme produit fini, une conception, qui traverse khamsoun de bout en bout. Où le processus d’évolution ne montre que son stade final : sans nœuds factuels ou symboliques, sans antécédents ni paternité. Où les gauchos n’évoluent pas du perspectivisme au parlementarisme (comme cela leur est réellement arrivé avec tajdid[3]) et où l’islamisme ressemble à une boîte de conserve sans date de mise au marché ni péremption. L’histoire de khamsoun se déploie d’emblée sur deux blocs idéologiques figés, comme deux rocs, sans la généalogie et sans les fissures des eaux, en un mot sans l’évolution des idées dans le temps !! ( remarquons au passage que le courant nationaliste est purement et simplement exclu de la fable !)…

Cependant, nos Khamsoun ne sont rien d’autre que le cumul des ichroun, thalathoun, arbaoun avant de devenir une cinquantaine d’année…Avant de se résumer, le texte était une histoire sans les vicissitudes de laquelle rien ne transparaît du dilemme définitif, rien ne se s’impose au spectateur de l’insoutenable « match » final de doctrines aussi barbue l’une que l’autre (la détestable régression islamiste et le stalinisme qui n’a pas le courage de dire son nom, le vrai) !!!

Or la première des attentes de plusieurs ne fut rien d’autre que cela : comment en est-on arrivé là. Comment et pourquoi !!!

Alors, alors ?! Alors, rien !!! Khamsoun montre, elle ne fait pas autre chose : de l’embrigadement islamiste à la torture en garde à vue. Or, montrer n’est toujours pas contester, montrer c’est bien montrer et ça n’est démontrer quoi que ce soit. Montrer est voyeur et cathartique. Ça permet de se jouer et de la victime et du bourreau à la fois, d’être sur deux chaises, l’un et l’autre, omnipotent, sans engagement et sans inclination. Sans pour ni contre. Le pied absolu, une conscience intemporelle, les délices d’une existence exempte de jugement à subir ou à tenir. Une position d’ange, sous prétexte d’objectivité. Lors même que contester c’est bien contester une partie ou l’autre ou les deux à la fois, mais c’est contester pour de bon en se salissant les mains, en disant ce que l’on pense, sinon avec ses tripes, du moins comme hypothèse subtile et au minmum équiprobable avec d’autres!

D’où ça vient alors l’illusion contestataire dans cette savoureuse monstration désengagée !! De quel engagement nous parle Si Fadhel, en l’absence assumée (dans toutes leurs interviews, et l’auteur et le réalisateur insistent sur la neutralité de khamsoun) du moindre engagement. Nous ne disons pas qu’il faille contester ou que l’exercice artistique soit un acte de contestation, ce « surmoi » réaliste, cette obligation d’engagement, ça n’est surtout pas notre idée, loin s’en faut. Ce sont les idées de Jaïbi, confrontées à elles-mêmes. C’est sa théorie de l’intellectuel, c’est aussi ce qu’il dit depuis toujours de sa pratique théâtrale « un artiste libre n’arrête jamais de contester » et pas seulement en dehors de son théâtre dans une démarche citoyenne, mais aussi et surtout sur les planches conçues par notre homme de théâtre comme une tribune : « La contestation est inhérente à l’acte artistique de la même façon que l’acte artistique est indissociable à l’acte de citoyenneté, et nous sommes citoyens avant d’être artistes. Contester c’est remettre en question un corps saint et en sursis de maladie, c’est aussi relever des anomalies. Un corps social, c’est pareil; une cité, un pays, des Institutions, des lois, …tout cela doit être passé au crible tous les jours…Contester, n’est pas détruire, c’est interroger !
Nous sommes conscients et fiers de la responsabilité qui est la nôtre. Il n’est pas donné à tout le monde de monter sur une tribune et de s’adresser à son prochain. Le théâtre est un art extrêmement redoutable parce qu’il implique une prise de parole et une audience et on ne peut pas se permettre de prendre une parole sans en mesurer les conséquences »[4].
Tout est dit, nous n’inventons rien. Tout Jaïbi est là. Mais face à khamsoun, contester ne nous a pas sauté aux yeux, ni ne s’imposait comme intuition, encore moins comme aboutissement. A la décharge des auteurs, le récit fut neutre, et pour tout dire nous l’aimons plutôt ainsi! Sans contestes et sans contestation.

L’incontesté contestaire

Pourquoi alors parler de contestation à tout bout de champ, à l’occasion de tout et de rien, en « contestologue » !!! Peut-être s’agit-il de mécanique, de rite linguistique, à défaut de contestation réelle.

Oui c’est probablement un rite bobo, un simple « tic » d’intellos ?!. Un argument de classe. Une « idéologie professionnelle » afin de justifier sa posture à cheval : à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du système !!!Oui c’est plutôt ce que l’on pense. C’est littéralement notre hypothèse (je dis bien hypothèse). La voici livrée par Bourdieu[5] : « Contre l’illusion d’un « intellectuel sans attaches ni racines » je rappelle que les intellectuels sont, en tant que détenteurs du capital culturel, une fraction (dominée) de la classe dominante. Et que nombre de leur prises de position en matière de politique par exemple, tiennent à l’ambiguïté de leur position de dominés parmi les dominants. Je rappelle aussi que l’appartenance au champ intellectuel implique des intérêts spécifiques…La critique des intellectuels, si critique il y a, est l’envers d’une exigence, d’une attente. Il me semble que c’est à condition qu’il connaisse et domine ce qui le détermine, que l’intellectuel peut remplir la fonction libératrice qu’il s’attribue, souvent de manière purement usurpée. Les intellectuels que scandalise l’intention même de classer cet inclassable montrent par là même combien ils sont éloignés de la conscience de leur vérité et de la liberté qu’elle pourrait leur procurer. Le privilège du sociologue (ici de l’intellectuel) est de se savoir classé et de savoir à peu prés où il se situe dans le classement !!! ».

Bourdieu redonne à la multitude son droit moderne de tenir la liberté d’expression des deux bouts. De remettre l’intellectuel dans le jeu des classements et le soumettre à la réfutation de la structure sociale et au classement politique. Sur le plan esthétique il permet de compléter un cycle tronqué : celui de la contestation à sens unique. Contestée et contestable, la figure contestataire usurpée par pure mauvaise foi narcissique, redevient ainsi liberté à double sens, liberté tout court. Et l’art et sa réception en sortent revigorés !!!

Enfin sur un plan plus psychologique : la réaffectation par Bourdieu de l’intellectuel dans sa structure sociale, laisse entrevoir une nouvelle hypothèse. On la reformulera ainsi : la figure du contestataire incontesté est littéralement une scandaleuse pirouette du moi. Après avoir tué le père, notre artiste refuse de subir le même sort par le fils !!! Depuis des années, l’unique contestataire toléré, s’arrange bien pour ne pas être contesté. Il se maintient comme intellectuel pur, comme progressiste absolu, en renvoyant perpétuellement toute critique soit à l’ignorance de son auteur soit à sa conscience de classe réactionnaire, sous prétexte d’avoir créé définitivement le nouveau théâtre (une répétition éternelle et incontestée du théâtre nouveau « absorbant toutes les nouvelles expériences qui lui succèderont ». C’est ainsi que Si Fadhel, n’en finit pas de tuer le père et le fils en même temps. Et bien je refuse de mourir papa !!!!

Jamel HENI

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[1] L’animateur qui officie actuellement sur canal 7 a invité Fadhel Jaïbi et s’est montré très complaisant à notre humble avis envers l’artiste.

[2] Sans évoquer les différentes étapes de l’évolution d’un phénomène, donnant l’impression qu’il est donné d’emblée, sans racines ni attaches

[3] Héritier du parti communiste tunisien

[4] Entretien accordé au journal Le Temps, le 19 octobre 2009

[5] Entretien avec François Hincker, La nouvelle critique, n°111/112, février-mars 1978.

Le feu du trône et le charbon voisin…

13 octobre 2009

Nous n’avons pas la prétention de donner des leçons aux militants tunisiens. Le king de la révolution et le préposé aux ragots sont passés par-là (ils se reconnaîtront et comme toujours ne voudront rien entendre et comme toujours s’en tireront à bon compte !). Qu’ils continuent leur bonhomme de chemin dans le mûr, nous en savons d’autres sentiers sinueux : ceux du labeur collectif, permanent, responsable et « âpre » au droit.
Notre ambition est de débattre le plus gentiment du monde avec nos frères aînés, chefs de files de l’opposition. Nous débattrons des élections.
Alors que les ardeurs électives des uns retombent comme un soufflet, que le boycot et la faucille sans marteau des autres se valent. Nous posons une question candide. Que faire sinon. Que faire tout court ?

De haut vers bas
Dans son joli livre « projet de paix perpétuelle », le philosophe allemand Emmanuel Kant, éprouve le besoin de dissuader d’une fausse bonne idée : une idée voulant que l’action politique commence par le haut ?!! Et si elle commençait par le bas, notre action politique ?!! Localement. Dans une mairie, au conseil municipal par exemple. Nous admirons d’emblée. Ce n’est pas dans la nature autocratique ni aristocratique de s’affaiblir publiquement et sur l’essentiel : le pouvoir exécutif : le palais et le Parlement. L’on ne démocratise pas à domicile. A vue d’œil. La cour et ses enceintes immédiates, ses enceintes poreuses. Non, pas ça dans une autocratie. Maintenant, il existe quelques « omissions »: là où le pouvoir ne court pas le risque d’une contagion contestataire, là où les frontières locales sont étanches, où la souveraineté communale semblerait indépendante du joug national, là, sur les questions purement « municipales » de voierie, d’organisation urbaine, de cadastre…là, l’autocratie se déleste volontiers de vétilles, condescendante ou peut-être méprisante !!
Cadastre ou urbanisme local, c’est tout ce que tu nous souhaites, rétorquerons coup sur coup certains !! Soit. Ce qui vous paraît avec raison pacotilles, rebuts, miettes régaliennes, au regard de la politique, me semble une énorme chance au regard de l’histoire. Pourquoi ?
Pour paraphraser si Mustapha Ben Jaafar , un homme courtois avec qui l’on peut discuter : exiger de l’opposition des propositions immédiatement gouvernantes, relève tout simplement de l’imaginaire. Répondant à une fausse interrogation qui porte en elle-même sa narquoise équivoque, il ne croyais pas si bien dire. L’opposition tunisienne ne peut présenter un programme pour des raisons objectives : un programme suppose des données et un budget. Les premières demeurent inconnues ou invérifiables (sauf pour des sources autorisées !!). Le second est en conséquence du beau songe !

Du bas vers le haut
Alors comment faire un bout de chemin vers les « sources » ! Eh bien, cela s’apprend. Mais pas d’emblée dans la cour, ni dans le Parlement. Cela s’apprend à la source, un étage plus bas. Précisément dans un conseil municipal, dans un syndicat…Laissons de côté ce dernier. Il relève d’une organisation plus sectorielle et moins collective qu’une commune. Siéger au conseil municipal, dans sa propre mairie, nous évite déjà la moitié du chemin vers des données fiables : les statistiques sont moins difficiles à tenir, moins opaques, les élus se connaissent comme larrons en foire et la traçabilité cironscrite. On connaît mieux sa ville, on connaît son histoire, ses bosses et ses chalets. On y est moins dupe, plus teigneux sur les « chiffres» !!! Lapalissades ! Dans les faits sûrement, mais pas dans les ambitions de certains militants qui ne se voient pas retomber bien bas !!! Ont-ils fait trente quarante ans de politique pour si peu !!!
Ce n’est pas l’avis de milliers d’autres hommes politiques européens américains asiatiques latinos voire africains, qui reprennent leurs classes communales au lendemain d’un passage ministériel !! Aux anges, ils repartent à zéro comme de férus novices, ils font du porte à porte, ils distribuent des tracts, ils parlotent à la ménagère et au médecin !!!!
Si les appétits citoyens de se prendre en charge et de servir sa société sont plus forts que leurs légitimes appétits gouvernants (parlementaires ou présidentiels), une hypothèse communale plausible ici et maintenant, aurait plus d’adeptes, prêts à aller au charbon voisin. Mes amitiés les plus sincères.

Jamel HENI
Psychologue

Mektub, la chronique qui avait du mal à devenir fiction

1 octobre 2009

Autant j’ai aimé la tronche de Samira Magroun, autant des milliers de femmes tunisiennes « allèrent se couper les mains » sous le charme de Dhafer Abdine, autant le feuilleton mektub deux  me fut resté en travers des yeux !!!!

J’en ai déjà gavé du duo Tahar Fazaa (scénariste) et  Sami Fehri (réalisateur). J’eus à le faire savoir dans les colonnes de feu l’Expression[1]. Pas la peine de vous resservir toute une tartine.  En voici l’essentiel pour me faire comprendre.

 

« À quelques faux ingrédients près, l’essentiel du «paysage» tunisien est là. Mais ce n’est qu’un paysage. Sans racines, sans plis, sans envers, ni ramifications. Les déboires conjugaux, sentimentaux ou économiques en font un paysage plus conforme peut-être, mais tous ces effets manquent encore de causes, de genèse, de croissance, de trajectoire personnelle et familiale complexe, de facteurs profonds et en conflit. Il manque la lutte psychologique, celle des classes, comme il manque l’inquiétude, l’ennui, le désarroi et le renouvellement des personnages. La contradiction de tous y fait cruellement défaut. Le rêve d’argent est cousu de fil blanc. Il manque le fil rouge de l’exploitation et de la révolte !

On l’a bien dit dans notre dernière «prise de poste»: en lieu et place de la lutte des classes, on nous a servi la carte de la richesse avec ces deux routes séparées : l’héritage et la corruption ! Le travail et le capital en sont absents. L’argent des pères et celui des autres les remplacent ! Sans relief.

Ce n’est qu’un paysage, a-t-on dit. Or la Tunisie est loin d’être un paysage. C’est une société vivante, contradictoire, avec quelques harmonies salvatrices. Ses riches ne se ressemblent pas, ses pauvres travaillent. Ses délinquants se recrutent dans les deux classes. Ses honnêtes gens aussi. Ses paysages changent tous les jours que Dieu fait. Un paysage trompeur en cache un tréfonds, une Tunisie tour à tour conservatrice et permissive, souffrant force contradictions….  

Les apartés décousus, la séparation des  univers, l’absence totale de rebondissements, froissent la copie tunisienne, tirée par ‘‘Mektoub’’. Sa télé réalité est par trop irréelle,  presque fabulée. On trouve pire et plus compliqué en Tunisie. Dans ses «grandes» familles comme dans ses poches de pauvreté, la vie est plus riche, plus complexe et les hommes moins «déterminés» de naissance.

Enfin, deux mots sur les politesses brûlées, les tabous que l’on s’avise de griller. ‘‘Mektoub’’ n’est absolument pas plus provocateur que d’autres fictions : l’adultère et le vin remplissent la médiathèque ramadanesque. Fazaâ et Fehri n’ont  pas osé le tiers du quart de ‘‘Halfaouine’’, ‘‘Soltane El-Médina’’ ou ‘‘Beznass’’. Leur critique sociale est loin du drame engagé des ‘‘Sabots en or’’. Ce n’est tout de même pas ‘‘Khamsoun’’ !

Le cinéma tunisien est particulièrement connu pour ses tabous en culottes courtes. À la tête du peloton «coquin», il a offert quelques immortels en la matière. Beaucoup de feuilletons ont levé des tabous, presque tous tournent autour d’un adultère ou deux. ‘‘Mektoub’’ n’en est qu’une suite timide et embarrassée, par moments fétichiste ! ».

 

Du scarface avec du choco !

Nos deux compères se retrouvèrent pour une deuxième édition. Ils en voulaient à mort, sans se soucier de la matière, l’inspiration, des nécessités artistiques, ils en voulaient quoi que leur en coûtera une deuxième et peut-être une troisième prime time (et les 45 minutes de pubs qui vont avec)… L’essentiel était d’en faire.  Des « Mektub » en quantité !!!

C’était toutefois sans compter avec  l’inclément coup de l’art !! La romance de châteaux a viré au thriller !! Avec ses huit morts en trente épisodes, le feuilleton Mektub2, fait du scarface avec du Choko !! Le public en a tendu des yeux ronds !

Toujours la même storyline : une fiction BCBG, émaillée de  « plans de coupe » du côté de chez les va-nu-pieds. Et ça s’enchaîne : des amourettes, des tires, des studios, de la flicaille, la peinture, un ring de boxe, un adultère ou deux, l’hôpital, un mariage « blanc »…Plus c’est gros plus ça passe…De quoi parle Mektub ? Réponse du berger à la bergère : de la Tunisie !!! (Et en trente épisode ! qui dit mieux) !!

 

Pas de scénario, juste des chroniques

Sur les soixante épisodes des deux éditions, pas une fois un personnage n’eut à s’affronter, seul devant ses propres fêlures.  Rares et non essentiels les conflits intérieurs sont toujours « publiques ! Un  personnage n’existe que dans la mesure où il permet à la séquence de conclure !! Privé de contours propres il n’évolue ni ne se transforme, mais passe de vie à trépas, rien de moins. Chaque fois qu’un acteur ait débité ses mots, rempli son rôle, il se fait tuer !! Huit morts en tout sans compter les disparus net, sans la moindre excuse. Qui dans un accident, qui poussé par-dessus bord, qui sur une chaise roulante…Je saute ici les courses poursuites téléphonées, les coups de foudre « inaperçues », les prise d’otages à la « Ben Ten » !!!….

 

J’aimais bien les chroniques de Tahar Fazaa dans les colonnes de Tunis Hebdo, mais le scénario est une tout autre écriture !!! Nous est hypothèse que le meurtre facile des personnages recèle une difficulté dramatique à les mettre en veille, les revisiter, réchauffer et resservir en temps et en heure. Ce sont les limites d’une écriture en aparté, une écriture chroniqueuse,  qui firent tomber Mektub dans le thriller, l’usage par trop événementiel du personnage et non  la psychologie des rôles. Oui  c’est bien  le cas de le dire Mektub est un thriller par défaut !!!

 

Tu meurs ou tu refais la même bêtise

On retrouve le chroniqueur encore une fois dans sa narration rectiligne, à la je kidnappe ta fiancée, tu perdra mon gosse. Et ça recommence. Un personnage meurt ou refait la même bêtise. Il se fait prendre, retombe amoureux, trompe de nouveau, refait courbette ou repart à Paris….

Les deux mécanismes de mobilisation des personnages chez Fazaa sont l’extinction et la répétition. Ses héros ne se posent pas de questions, ne souffrent aucun conflit, leurs monologues contournent les émotions et évitent la psychologie…C’est tout juste s’il posent !!!Ni Dali (le mari volage) ni Choko (le mafieux) ne s’étaient fendu d’une culpabilité, une hésitation, ne serait-ce qu’un silence profond qui tombe comme une belle musique au bon moment….Tahar Fazaa, fait du structuralisme sans le savoir : on s’en fiche de ce que vivent les individus, seules leurs relations comptent. Asservis à un plan, une séquence ils sont ce que le tournage veut qu’ils soient à un moment précis. Un même personnage peut changer de nature sans le savoir et sans le faire savoir, au gré d’une belle réplique… Ce ne sont pas les contradictions profondes de la psyché, loin s’en faut. A tout le moins, sont-ce les servitudes du « tape-à-l’œil », du racolage !!!

 

Réalisation en plans de coupe…

L’adrénaline monte au gré d’une escalade affective réelle, les cous se tendent et les gorges se serrent, le public attend une prouesse d’acteur, mais le réalisateur n’est pas du même avis : il lance le générique !!! La découverte du pot aux roses, une lettre de rupture, la mort d’un ami…Autant d’occasions qui prêtent à la  prouesse techniques tout aussi  en termes de jeu que de réalisation. Elles sont toutes les fois sacrifiées pour les besoins d’un hypothétique suspens …L’idéologie financière  du suspens l’emporta toujours sur l’élan créateur, l’angoisse productrice d’affronter, surmonter l’irrévocable, sentir les délices de la chute et les douleurs de la remontée !!!

En lieu et place des fonctions dramatique de l’intrigue, Sami Fehri désamorce en plan de coupe (plans transitoires entre une séquence et l’autre) et toute la construction dramatique échoue sur une image fixe sans chair ni erreur, un visage de marbre, derrière l’ours déroulant du générique !!!!

Ici « plan de coupe » est à prendre au propre comme au figuré. On vient de voir son usage au propre. Au figuré, cela voudrait dire que le feuilleton présentait une copie morcelée, en modules dramatiques étanches, sans trop d’unité ni de synthèse. Le mot chronique serait tout aussi heureux à décrire une mise bout à bout de saynètes indépendantes, une juxtaposition de plans où l’on voit les mêmes acteurs varier les phrasé et les genres  sans autre horizon que leur « time code »[2] et un lien lointain avec le chute finale fort attendue ( classique et heureuse) !!!!

 

Il me tient enfin à cœur de soumettre une hypothèse sur le succès fou du personnage de choco. L’acteur Atef Ben Hassine, s’en est plutôt bien sorti, quoiqu’il fasse trop dans le jeu physique sans autre forme d’expression. Personnellement j’imputerais son succès au désir qu’ont beaucoup de nos compatriotes d’un vrai voyou de cité « cappabli » de tenir tête à la gangrène mafieuse !!! Enfin ce n’est qu’une hypothèse…

 

Au départ Mektub s’est vendu comme une télé-réalité, ça n’a pas marché, puis comme un commerce aux tabous, ça n’a pas mieux marché. Sur la fin ils en ont arrêté et firent disparaître trop de personnages. Mais personne ne leur a rien demandé!!!!

 

Jamel HENI




[1] L’Expression du 29 septembre 2008, ce magazine disparu s’est voulu libre et inscrit dans la modernité mais n’a pas pu survivre à la censure

[2] Indicateur temporel associé aux images

Le ridicule tue toujours

15 mai 2009

Le ridicule tue toujours dans chronique moz-screenshotmoz-screenshot-1 dans chronique
Rien de méchant, mais nous ne pouvons retenir notre colère. Allons-y. Voilà un temps, qu’une pluiede superlatifs inonde certaines figures médiatiques. Nous en avions eu notre dose et ça commencevraiment à bien faire: « Samir El Wafi, meilleur journaliste au monde!!! »1, « Borhane Bsaïess,Seigneur des débats!!! 2», « Ghassen Ben Jeddou, le grand journaliste3 »!!! « Olfa Youssef, vousêtes l’espoir de l’Islam4!!! »… Et autres arcs de triomphes…Que se passe-t-il? Soyons sérieux, uneminute!! Les absolutismes, ça nous connaît, depuis le « combattant suprême »!!! Alors, alors!!!

Absolutisme
Les superlatifs clownesques grandissant nos trois journalistes et notre chercheuse, relèvent toutbonnement de l’absolutisme. Or, comme tout autre absolutisme, celui-ci exprime l’excitationexubérante qui fonde un culte, fût-ce de la personnalité. Elle extrapole un affect instantané surl’infinie diversité des situations et présument de l’omnipotence d’un personnage tout à faitordinaire!!! Ces épanchements, l’on ne vous apprend rien, n’atteignent pas au jugement. Au regardde la rationalité, ils offrent certes une occasion d’ « écouter son coeur » point de le suivreaveuglément!!!

Hypothèse politique
Mais alors est-ce uniquement des épanchements?! La concordance et la similitude de ces
«aveuglements volontaires », nous font dire que non. Une hypothèse politique pourrait en être avancée: les superlatifs sont plutôt conscients et tiennent de l’art -arabe- de la louange « al mad’h »,un mensonge poétique tout simplement. Ils servent une fin préméditée: se rappeler au souvenir despersonnes encensées, ou lever des boucliers idéologiques (applaudir « à l’automate »tout ce quiaffaiblit le camp adverse, massivement et sans nuance)!!!Nos encenseurs savent très bien que des millions de journalistes renverraient, d’un seul entrefilet, Samir Wafi à ses chères études, lui qui confond comme en maternelle, provocation et témérité,brutalité et audace, vulgarité et répartie . Ils savent pertinemment que les débats ne sont ni unediscipline intellectuelle, ni une fin en soi, pour que Borhane Bsaïess en soit seigneur ou serviteur,comme ils mesurent l’effort tout à fait louable, sans être exceptionnel ni terriblement novateurqu’abat Olfa Youssef5! (il ne s’agit ni de Abed Jabri, ni de Mohamed Arkoun! Ce n’est tout de même
pas Hichem Jaïet!!!)

Même pas ça!
Ce n’est même pas ça. Devant, la mièvrerie et le grotesque des louanges ci-haut citées, notre hypothèse politique se révèle trop ambitieuse. Trop relevée. Elle est surtout partiale et un peu scolaire. Sans trop nous prendre au sérieux, nous penchons plutôt vers une hypothèse pernicieuse : où se mêlent aveuglement, politique et inculture!!!. Autrement comment oser écrire « Borhane, le seigneur des débats ou élever si haut un journaliste médiocre comme Si Wafi »?!! En tout état de cause, nos « âmes justes » (disait Flaubert) ne devaient jamais laisser passer ces horreurs ordinaires….

Jamel HENI
Psychologue, Paris
1 Une page entière sur facebook!!!
2 Ala Chabbi, ancien animateur de l’émission « hadha ana » sur Hannibal Tv, présenta B. Bsaïess dans ces termes
3 Ceci figure au chapeau de l’interview par le journaliste à Hiwar.net
4 Commentaire de Tark Ibn Ziad (pseudo) sur le « mur » de facebook dédié à Olfa Youssef
5 Je suis signataire de la pétition qui défend Olfa Youssef avec d’autre plumes, au nom de la liberté d’expression, ce
qui n’interdit guère de discuter cette même expression une fois défendue, au contraire

15 mai 2009

 pdf Le ridicule tue toujours

Disparition de Mahmoud Darwich: Les rimes du désert

16 août 2008

Mahmoud Darwich nous a faussé compagnie, le 09 août, laissant à ses lecteurs le testament d’une patrie rêvée et la redoutable armée des mots

 

Le poète arabe Mahmoud Darwich s’est éteint le 09 août à l’âge de 68 ans, suite à une opération à cœur ouvert. Avant qu’un vent de liberté ne caresse sa Birweh natale. Avant le Nobel grossièrement refusé par l’Académie. Symbole d’une génération meurtrie, la génération 1948, il s’était distingué par une poétique de l’occupation. Ses longues nuits d’exil avaient réussi à retourner, simplifier, récrire la condition coloniale. De conquête, l’occupation en était devenue une impasse historique. Cul de sac politique, faillite morale!!

Mahmoud Darwich, mettait au monde les vers du paradoxe: je suis une victime qui porte conseil au bourreau: votre guerre est perdue, demain au plus tard..Vous y êtes. Nous y sommes. Depuis 48 au moins. Nous sommes les Arabes de 48. Nous le resterons.

Arabes, comme la langue. Fils d’Ismaël. Ismaël fils d’Abraham. Abraham père d’Isaak…Arabe comme la langue. Dans la langue. Arabe de sang et de poésie. Vous connaissez la poésie arabe. Certainement. C’est l’essentiel. Tout en dépend, l’histoire, la religion. « Nous avons besoin de cette prose divine afin que triomphe le prophète », écrit le poète de Galilée.

La poésie arabe est le premier acte de culture; les rimes du désert, véritable nécessité à ponctuer le sable. Couchez en l’air, sous une tente si vous voulez, vivez de dattes et de lait, ce qui vous tombe sous la main… Mais ne composez pas n’importe quel vers, s’il vous plaît, suivez la rime, les modes. C’est simple. Vous seriez arabe, vous le sauriez. Cela est dans le sang. Cela est votre sang. Un poème.

Quand on a le désert, on ne peut qu’avoir la poésie. Tout l’univers à jeter dedans. Quand on a le désert, on invite tout le monde. C’est une question d’espace. C’est cela être arabe: un poète généreux. C’est cela Mahmoud Darwich: un poète, le cœur gros comme ça.

« Je ne connais pas le désert/ Mais j’ai poussé mots sur ses flancs/ Les mots ont parlé et je suis parti/ Je n’ai gardé que la cadence, que j’écoute et j’observe… ».

Ces vers de Darwich, résument. La poésie arabe est antérieure à sa conception, elle s’impose aux mots, elle est évidente: les mots ont parlé a-t-il dit…

Mais Mahmoud, insiste. « Je suis arabe, inscris/ Inscris !
Je suis Arabe
Le numéro de ma carte : cinquante mille
Nombre d’enfants : huit
Et le neuvième… arrivera après l’été ! Et te voilà furieux !

La condition arabe, impossible dans les territoires, trouve sa réalisation dans les vers et dans leur étendue toute saharienne, A perte de vue et de réel. Ne viennent-ils pas du sable? Un sable mouvant et sec qui gave la bouche de l’occupant. La Palestine occupée? On voit bien, mais la terre appartient à ses poètes, les chars n’en ont pas idée, souvenir, les chars sont contre la terre, ils cassent tout et n’écrivent rien, ils n’ont pas le sens du rythme, comme Mahmoud. La terre appartient à son poète, comme la Palestine à Darwich. Une terre arabe: un poème généreux. Alors « inscris », je suis Arabe. Fils d’Ismaël. Ismaël fils d’Abraham. Abraham, père d’Isaak..

Néanmoins le poète arabe souffre suffisamment pour être dupe d’un poème. Une terre. Un combat. Il doute, avec beaucoup de certitude , de sa destinée. De l’immanence de la poésie. Du doute comme défense poétique contre l’ennui. Car Darwich croit en la faculté humaine de l’ennui « moteur du changement » nuance-t-il. Et il s’ennuyait de tout, lui même en premier:

Qui suis-je pour vous dire
ce que je vous dis ?
J’aurais pu ne pas être moi
j’aurais pu ne pas être ici…

L’avion aurait pu s’écraser
un matin
J’ai la chance d’être un lève-tard
j’ai raté l’avion
J’aurais pu ne pas connaître Damas, le Caire,
le Louvre ou les villes enchanteresses
/…/

J’ai la chance de dormir seul
de pouvoir écouter mon corps
de croire que j’ai le don de découvrir la douleur
et d’appeler le médecin, dix minutes avant la mort
Dix minutes suffisent pour vivre par hasard
pour décevoir le néant

Qui suis-je pour décevoir le néant ?
Qui suis-je ? Qui suis-je ?

Ce poète arabe généreux, qui n’était pas simplement un poète arabe généreux mais aussi le fils d’Ismaël, ennuyé-pour-changer, avait offert aux femmes son amour et son absence. Donc tout son amour. Il ne voulait pas s’en ennuyer. L’air éternellement hébété, une mèche flottante cachant un front pourpre comme aux premières galanteries pubères. Il leur dédiait ses poèmes. A l’une d’elle, sa maman, il s’était même promis. Aucune autre ne partagera sa vie, toute sa vie. Sa mère qui ne l’aura pris dans ses bras que quatre coups depuis son départ à l’université, là-bas à Moscou. « Je languis du pain de ma mère / du café de ma mère / du toucher de ma mère ». Une mère « empêchée » de son petit Ismaël …Petit-fils d’Abraham, Abraham Père d’Isaak….

Jamel HENI

Article paru sur Agravox.fr, le 16/08/08

Liens: http://www.agoravox.fr/article.php3?id_article=43246

 

Les nouveaux rires L’expression de Tunisie, Vendredi 15 août

15 août 2008

Ramadan approche. Les télés qui feront le jeûne sont en pleine action. Elles mijotent les mêmes recettes, à quelques exceptions près . Sept minutes de psalmodie coranique, liturgies, Adhan Al-Maghreb, liturgies, une demie-heure de réclame, Yaourt et demoiselles, trêve de liturgies, puis sitcom…. La gargoulette d’eau pompée, on prend sa pub en patience et on guette sa sitcom1. Choufli Hal (sort-moi de là), un tas de rire pour tous.

Contradiction, quand tu nous tiens

La comédie de situation de notre confrère Hatem Belhadj est une chronique de voisinage étrange, un psychiatre loue chez une guérisseuse. Sliman Labiedh de son nom, collectionne les cas et les gags de famille. En une demie-heure, tout y passe. Matriarcat sympathique, (matriarcat tout de même), argent facile, passion fourbe, sournoiserie permanente…La culture scientifique du médecin ne s’oppose pas au charlatanisme de sa logeuse, ça ne traite pas de la même chose, c’est tout . Le divan soulage nos conflits, la tasse trahit nos convictions. Qu’il est ennuyeux de le répéter. Une conclusion de maternelle, casse-pieds et tout ce que vous voulez: nous sommes contradictoires en permanence. Or le déni de la contradiction est la première des bêtises, précise le jeune philosophe tuniso-français, Mahdi Bel-haj Kacem.

Cette bienveillance à la contradiction sauve la sitcom de toute moralisation. La reconvertit en moralité. Voilà qui ne plaira guère aux donneurs de leçons, fieffés moralisateurs, qui passent leur vie à redresser nos torts politiques, de jeunesse, d’opinion…. Les moralistes (les artistes), eux, détestent faire la morale. Ils simplifient nos contradictions, les écornent à nous en casser le nez. Nous en sommes plus lucides, moins rougissants. Nos amis les moralistes nous délestent de « complexes » inutiles, injustifiés et collectivement surmontables. Par simple sentiment d ‘égalité entre névrosés. Passables que nous sommes, tous. Les artistes (moralistes) nous rapprochent, en nous accrochant. Que les moralisateurs ânonnent leurs poncifs entre eux. Ça les rapprochera.

Les apparences sauves

Mais jusqu’où choufli hal se révèle-t-elle moraliste? Nous sommes désolés de constater son manque de résolution là-dessus. Hatem Belhadj est un artiste non encombrant. Ses personnages peignent non pas les contradictions internes, mais bien plutôt celles qui dépassent, les contradictions apparentes, vues et connues, ressassées cela fait belle lurette. Il force le trait, le grossit, le retourne, sans trop voir ce qu’il cache. Ce n’est pas risqué tout ça. Ça navigue à vue. Vous vous y marrez sur le coup, supériorité d’acteur oblige (Kamel Touati et Mouna Noureddine y sont exceptionnels). Vous en poussez un rire ordinaire, les mêmes éclats que lorsque vous écoutez la même blague chez la même personne tous les matins. Choufli hal pastiche les maris tremblant devant leur « aicha », tourne en dérision les ploucs parvenus, l’arroseur arrosé…

Pour peu que nous nous hasardions loin de ce rire intense mais attendu, ce déjà « ri » réchauffé, pour peu que nous soulevions le défi de laisser vivre les personnages plus longtemps et plus en profondeur, nous pourrions rire du phallisme des « aicha » elles mêmes, des origines ploucs de tous et de l’éternelle leçon des cyniques: on est toujours la risée de quelqu’un, tour à tour arroseur et arrosé.

Croire que le matriarcat a donné le coup de grâce au patriarcat et signé la fin des inégalités est une mauvaise blague, une blague de mauvais goût. Le matriarcat ridicule de la compagne de Sboui (idiot de la famille) n’est qu’un patriarcat à l’envers. Est-ce pour autant une contradiction profonde? Je ne suis pas sûr. Le matriarcat est aussi insensé que l’esprit patriarche, vouloir en rire est la preuve que nous sommes égaux en matière de contradiction, sauf que vouloir en rire trahit une nostalgie profonde des femmes d’antan, celles qui refusaient par amour la guerre des sexes, Labiedh mère est toujours là pour limiter la casse de sa bru tyrannique!!!

Camper en traits vaudevillesques certains ploucs gentilhommes, c’est ne pas prendre en compte leur lutte à mort contre une vieille aristocratie fauchée et inutile, une aristocratie cynique qui finira ses jours croquée férocement…

Ce sont ces faisceaux de contradictions aussi obscures qu’encombrantes, qui nous « tueront » de rire. Tant elles sont insoupçonnables, subtiles et « graves »….De nouveaux rires, en somme. Grâce à un moralisme entier, encombrant et assumé. Hatem, le bon Hatem en est capable. Pourvu que certains acteurs suivent: le mièvre chichi de certaines actrices simulatrices, sans talent et sans imagination, gagnerait à passer à la trappe (y en a une qui n’a même pas sa place dans cette série!), « savannn » ne faisant plus rire (si jamais elle l’avait fait!) devrait le céder à meilleur « leitmotiv », Sboui ( un garçon doué) peut mieux faire le pitre en découvrant d’autres facettes du personnages, en rebondissant, en atteignant à la contradiction de l’idiot-philosophe ….

Hatem Bel Hadj a parcouru la moitié du chemin, le téléspectateur doit l’aider à trouver la bonne adresse. Vers un rire nouveau.

 

Jamel HENI

jamelheni@netcourrier.com

Rubrique tél: Prise de poste,

1une contraction de l’anglais Situation comedy (comédie de situation)

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