Prise de poste, l’Expression (Tunisie) 11 juillet 2008

Narcisses de plateaux

11 juillet 2008

Fait-on apprentissage de la liberté ? Nos thématiques (sportives et culturelles) des télés publiques et privées sont de plus en plus houleuses, un tantinet grivoises. À fleur de peau, les garçons et filles qui les animent ont le verbe haut, la complaisance dans les chaussettes, ils coupent et disconviennent. Des «rien ne vaut, tout se vaut», revenus de tout, rendus à rien.

Nous ne nous permettrons pas de faire la fine bouche. Toutes les occasions de liberté sont bonnes à prendre. Rien à laisser, au point où l’on en est. Même à tirer des plans sur la comète. Voilà pour le principe. Les intentions. Mais, pavé de bonnes intentions, le chemin de l’enfer n’est pas obligé. Il y a toujours un sentier, même battu pour passer son chemin.

Nos animateurs n’ont point besoin de créer une polémique secondaire, se payer le luxe de farfelues controverses. Ce ne sont pas les problèmes qui manquent. La fraude en sport et le népotisme dans le domaine culturel. Pour ne s’arrêter qu’aux «évidences». On peut y ajouter la lutte des classes sportives et le rapport de force entre musique officielle et théâtre indépendant. On peut même aller au fond: parler dans un esprit sportif du syndicat des musiciens qui chante bas. Tirer les marrons du feu et imaginer un syndicat sportif, cette fois… Ce sont des choses à dire. Ça va dans le sens de la liberté d’expression, du débat culturel. Ça ne sert pas seulement l’audience des petits narcisses des plateaux. Mais nos petits narcisses ne semblent avoir d’yeux que pour leur reflet dans la rivière! Ils monopolisent la parole, confondent sens de la répartie et esprit de contradiction, véhémence et précision, ajoutent leur grain de sel à toutes les réponses, le temps de parole de leurs invités est compté, pas le leur, ils sautent assis du coq à l’âne et d’un âne à l’autre sans peur de capoter… Leur petite idée de derrière la tête, une petite idée fausse, c’est qu’ils sont la star de leurs propres émissions, pas leurs invités. Il aurait ainsi suffi de lancer une émission pour défrayer la chronique et avoir son fan club, du jour au lendemain ! Ne sont-ce pas les stars qui rehaussent de leur présence une jeune émission, y attirent leurs fans. N’est-ce pas pour cela qu’on leur fait la cour, moins que pour les beaux yeux…

Erreur de jeunesse, erreur tout de même. Nos petits narcisses semblent pressés, ils n’ont pas le temps pour de vieilles questions toutes bêtes, du genre: À quoi bon ? Pourquoi paraître à la télé ? Ne pas y paraître ? Suis-je prêt(e) ? Est-ce ma place ? Le moment? La bonne chaîne ? L’avenir ?

N’allons pas plus loin. Ne posons pas les questions de la ligne éditoriale, du financement, des maîtres d’œuvres et des sanctions…

L’animation n’est pas simplement une pile de boîtes à ouvrir, ce n’est pas l’ensemble des questions qu’on ne pose jamais à l’école, ni un devoir de «déhanchement» national! C’est bien plus que ça, l’animation. Toute une psychologie et certainement une politique. La liberté est un bien. Il s’agit d’en faire un bien collectif et pas simplement un avoir de narcisse.

Jamel Heni

Liens: http://www.lexpression.com.tn/details_recherche.php?ID_art=803

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