Elections américaines (L’Expression de Tunsie) 15/05/2008

Le candidat démocrate et les Arabes

 

 

Sauf catastrophe, Barak Obama sera, en novembre prochain, le candidat des démocrates à la magistrature suprême. Un «pied noir» à la Maison Blanche ou le plus gros vertige politique qui met en charpie le code de bonne élection américaine ? Mais au-delà ? Qu’y gagnera le monde, le monde arabe en particulier ? L’Irak et la Palestine, particulièrement ?

1 – Irak: un droit de réponse aux «terroristes»
A l’Iowa, en septembre 2007, le sénateur de l’Illinois se fit sentencieux: «Je m’inquiète d’une guerre d’occupation à durée indéterminée, avec un coût indéterminé et des conséquences indéterminées». Dès les premiers bruits de bottes sur les frontières de l’Irak, il s’était élevé contre l’invasion d’un État. «Une stratégie délibérée, sous-représentant le 11-Septembre afin de mieux vendre cette guerre contre un pays qui n’a rien à voir avec le 11-Septembre», renchérit-il au centre Wilson en août 2007.

Sir Obama n’est pour autant pas un isolationniste, arc-bouté sur les affaires américaines internes, comme le suggère Alexandre Adler, dans sa chronique au ‘‘Figaro’’ du 24 mars; loin s’en faut.

La guerre, il y tient : «On n’a pas achevé le travail contre Al Qaïda», arbore-t-il. Son opposition à l’aventure irakienne n’en fait pas un pacifiste Gandhien. Le jeune sénateur, revendique un droit de réponse aux «terroristes», là où ils se tapissent. La force, bien sûr, mais en Afghanistan, contre les auteurs réels du 11-Septembre et non contre les civils irakiens. Dans ce qu’il appelle une approche intégrée, le retrait des troupes américaines (auquel il s’était engagé) n’est que «redéploiement». Il défend une stratégie défensive fondée sur la lutte contre le terrorisme, et promet une riposte au 11-Septembre. Seulement, celle-ce visera selon toute logique les auteurs présumés du 11-Septembre, sur leurs terres, là-bas entre les montagnes afghanes. La formule est on ne peut plus juste: il rectifie le tir!

2 – Palestine: un service minimum

Sur la question palestinienne, le candidat démocrate est moins loquace, moins limpide. Pieds et poings liés, tout le monde sait pourquoi, il assure le service minimum! Sa fougue et son sens du droit plient devant les trois constantes séculaires de la politique étrangère des USA: alliance stratégique avec Israël contre ses ennemis dans la région, alignement sur les positions israéliennes dans les instances internationales, assistance économique et militaire à l’allié hébreu.

Ses déclarations en faveur de la sécurité d’Israël, son droit à la légitime défense contre le Hezbollah et le Hamas (juillet 2006), ses promesses d’augmenter le soutien économique et son appel à continuer la coopération militaire entre les deux pays, sont autant de pléonasmes au rituel pro-israélien.

Une dernière constante, toutefois. Elle apparaît/disparaît tour à tour, au gré des déplacements des officiels américains, de la «casse» israélienne en territoires occupés et de la proximité des élections générales: la perspective de deux États côte à côte, vivant dans la paix et la sécurité! Voici comment Obama procédera: «La clé du progrès sur ce chapitre est la priorité diplomatique. Nous devons donner un élan permanent, en travaillant ensemble avec les Israéliens et les Palestiniens, pour atteindre le but de deux États, juif et palestinien.»

Une généralité qui induit quelques impressions de neutralité, mais une généralité qui tourne vite à la mauvaise blague, une fois rappelées les fameuses constantes pro- israéliennes !

3 – Fermeture de la parenthèse Bush

Ni la classe politico-médiatique, ni le rapport de force international, ni même le parcours personnel du candidat démocrate ne fondent à espérer une quelconque «surprise» sur l’affaire palestinienne. Le renouveau, ou plutôt la résurgence d’une praxis politique, élaborée plus ou moins à l’écart de l’institution militaire et des affaires, se fera probablement au milieu de la poudrière irakienne.

Le retrait des troupes et la fin de l’occupation, annonce quoi qu’on en dise le retour au droit. Un peuple irakien libre et des soldats américains sur les épaules. Seulement chez eux ! Le retour à la case Clinton et la fermeture de la parenthèse Bush.

Non que ce soit la justice et la paix dans le monde, loin de là. Mais cela porte un désaveu officiel du délire des grandeurs (américain) et tend vers un contrôle politique du pouvoir économique et militaire. Une espèce de socialisme d’État comme tentative de modérer les contradictions absolues du libéralisme économique.

La raison, le progrès et la justice, le développement du monde arabe, la démocratie et même un État palestinien libre ne peuvent avoir lieu dans le chaos bushien, cette confusion sans autre raison, ni perspective que sa propre survie et la survie de la corruption planétaire avec. Il faut que cela s’arrête, pour qu’un filet d’espoir rejaillisse enfin. L’espoir de reprendre le mouvement de l’histoire à un point précis où l’on peut voir un peu plus clair et relativement à moyen terme, un point où l’on arrête d’engraisser en regardant le néant!

Ce ne sont pas les «morceaux choisis» du programme Obama, ses vociférations et ses figures de style qui feront l’histoire. Encore une fois ce sont les événements. Or la façon dont on perçoit (traduit et énonce) un événement fait partie de ce même événement. Quand le sénateur afro-américain annonce la fin de la guerre d’Irak en termes de décision juste, nécessaire et inévitable, l’événement s’entend comme une libération irakienne, non comme un retrait des troupes !

L’on ne demande pas aux USA de prendre fait et cause pour les justes combats des peuples occupés; quoique ! On espère juste jouer cartes sur table, avec des références clairement établies à la force, au droit, ou aux deux en même temps. Avec Obama, plus que les autres, le jeu en vaut la chandelle….

Jamel Héni

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