Politique Tunisie (L’Expression de Tunisie) 14/06/2008

Point de vue: Dialogue avec les jeunes

 

 

Le pays parle à sa jeunesse. Le pays moins jeune, comprenez. Les aînés ont décidé de passer la parole au jeune sang et autres petits rebelles. Voici comment ça marche. Se réunir, laisser dire, noter, conclure, puis s’en aller, le carton chaud. Un hangar de cartons, il doit y en avoir… Le débat peut toujours avoir lieu, l’après-débat, un non-lieu. C’est ce que l’on craint. Cela relève des compétences des moins jeunes qui, clôturant le débat, disent le mot de la fin avant que leurs cadets débatteurs ne ferment la salle!

Moi, encore jeune, je coupe la parole et vous dis: débattez comme vous voulez, mais décidons ensemble. Les jeunes, du moins ceux que je connais, veulent toujours débattre, mais ils souhaitent surtout décider. Certains même veulent décider du moment et des thèmes, des lieux aussi. Sans parler des pires, qui fixeront eux-mêmes le rendez-vous. Des ratés qui s’y rendront sans invitation. Et des oubliés qui viendront vous voir en dehors des heures d’«ouverture».

Auparavant, ceux-là, tous ou partie, auront débattu entre eux. Leur débat coupé par d’encombrants aînés, ils ne débattront plus qu’en leur présence. Alors débattons.

En politique comme en théâtre, les jeunes regardent débattre les vieux. Acclament et attendent que l’heure arrive. Ils ont du respect pour l’heure, eux. Mais l’heure qui ne respecte rien ne vient pas. Elle a un empêchement: personne pour l’accompagner!

En politique comme en théâtre, l’âge moyen des responsables est de 50 ans, s’ils l’acceptent. D’éternels nouveaux théâtres, d’éternels nouveaux partis… Ils débattent en éternels nouveaux théâtres, en nouveaux partis chroniques. Or débattre avec l’Éternel?

Fadhel Jaïbi est depuis quarante ans le «nouveau théâtre», le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, héritier du Parti socialiste destourien, PSD) est, depuis l’indépendance, le théâtre du nouveau. Il y a aussi le nouveau théâtre du théâtre du nouveau. Et du ‘‘Renouveau’’.

Fadhel Jaïbi s’est fendu de ‘‘Khamsoûn’’. Il y pleure à sa gauche, rit jaune à sa droite. Oh vieille Tunisie, qui rajeunit mal! Les jeunes, «pour le moment», ne sont pas à la hauteur des jeunes pour toujours. Ils sont mal formés, mal fagotés, mal conçus. Leurs choix sont pis-aller. Le 11-Septembre, Gorbatchev, Abou Ghareib, Jénine, les caricatures danoises… ne changent rien au surmoi marxiste, à la lutte des classes entre bourgeois! Alors, les jeunes et leurs critiques: cacahuètes mal grillées! Qu’ont-ils à lui dire ? Son théâtre est nouveau une fois pour toutes, tout autre nouveau théâtre est usurpation. Tuer le père et le fils. Jaïbi l’éternel.

Le RCD, le rouge RCD change d’adresse. Il est désormais entouré de vitre et de tires. Il a toute la vie devant lui. Ses jeunes, fils de «nouveaux jeunes cadres réélus», ont les bureaux qu’ils souhaitent, à côté des vieux. Ils dissertent, proposent, voyagent et se reposent. Pendant ce temps, le bureau politique travaille à l’unique question qui vaille: le chômage des seniors. Depuis cinquante ans, il y travaille, et l’on connaît le résultat: le terrain du chômage est désormais libre pour les jeunes.

Le RCD à la jeunesse: «tu es l’espoir». L’espoir du parti pour durer et durer. Or si l’espoir des seniors dure, c’est sans espoir pour la jeunesse!

Non ‘‘Sidi El Fadhel’’, il y a un autre «nouveau théâtre», de nouvelles hypothèses et non seulement les vieux parchemins de la chapelle dialectique, sur la Tunisie des ‘‘Khamsûn’’; il y a de nouveaux réacs et des réacs qui s’ignorent dans les tiroirs du capital où ils croient cacher leur prime conscience prolo. Certains «pratiquants» sont aussi des prolos et certains athées des pourris féodaux. La lutte est ailleurs, peut-être, un artiste, ça se pose quelques questions, ça ne pose pas que des réponses!

Non RCD, les seniors ont fait leur temps et les nouveaux locaux ne font pas de nouvelles idées. Les jeunes ne sont l’espoir du parti qu’à l’unique fin d’être jeunes élus, par et pour beaucoup de jeunes votants. Et puis il faut penser aux jeunes partis qui ont une jeunesse sans locaux, mais avec beaucoup d’idées nouvelles. A moins que le débat ne soit pas avec elle, mais ça n’est pas ce qu’on a entendu. Je vous rends la parole.

Jamel Héni

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