Prise de Poste (Lexpression de Tunsie) 08/07/2008

Les colifatos menacent

 

 

Colifata1, ainsi s’appelle la radio des «déficients mentaux» de Buenos Aires. Dirigée par le jeune psychologue Alfredo Olivera, la Colifata est exclusivement animée par les «colifatos» (patients) de l’hôpital neuropsychiatrique Borda. Elle est aujourd’hui diffusée par 50 émetteurs locaux. En 2000 elle a été l’hôte du Congrès mondial de la communication organisé par l’Union des travailleurs de la presse de Buenos Aires (UTPBA), et cette année, elle rapplique au Salon du livre de la capitale argentine.

Idiots de la télé

Je n’en parle pas pour snober, je me sens très concerné par cette radio «communautaire» argentine. Et rassurez-vous, je ne suis pas le seul, d’autres la lorgnent, ils sont nombreux, plus que vous n’imaginez. Comme les «Colifatos», nous ne sommes pas pris au sérieux par la télé, mis au ban du foot, du fitness gratuit et obligatoire et autre chanson sans auteur! Et pour appeler les choses par leurs noms, nous sommes les idiots de la télé.

Nous relevons du cas désespéré de la «culturoïte», une psychose qui fait pâlir les animateurs de la terre entière. On lui connaît deux symptômes majeurs : le besoin de savoir et celui de comprendre. Tels les Colifatos, nous ne comprenons pas beaucoup de choses à la «footite»2 de la chaîne nationale où l’on saute tous les jours plus haut pour attraper le moindre ballon qui monte! Nous ne comprenons pas non plus sa «ventrite» (danse du ventre), avant, au milieu et après le repas…

Notre Colifata

Rien d’autre que des Colifatos, nous ferons notre propre télé. Une télé de fous. Avec un peu plus de raison. De lucidité. D’esprit et de discernement. Nous verrons des films, beaucoup de films, sans l’écran de l’unique parti du «féminisme cinématographique national»3 (Un féminisme biologisant de monstration et non le sublime combat des mères et sœurs militantes). Nous prendrons parti pour l’un ou l’autre homme politique en débat télé-musclé. Nous amuserons nos oreilles en compagnie de chanteurs fous de chant, tellement fous de chant, mais tellement fous… qu’il chanteront en tunisien et que nous en perdrons la raison! Et puis nous aurons des informations utiles sur les ornières derrière les hôtels de ville, le phosphate qui disparaîtra dans quelques années, la crise de l’eau, le vrai relevé de compte national, le lait cher et l’électrification du train d’Hammam-Lif qui aura duré trente ans. Nous diffuserons des images de jeunes filles du calvaire, de militants syndicaux en nuit d’hôtel et autres vols familiaux. Nous aurons un bulletin de circulation à la frontière et une balance matinale de grèves annulées de «coup-main» accord…

Fous pour fous, nous le seront jusqu’au bout. Des colifatos…

1 – Cela signifie «dingue, pas net…» en argentin

2 – Il existe au bas mot quatre émissions sportives fixes, sans compter les événementielles, les rediffusions et les spéciales. Nous devrions en tout et pour tout avoir un à deux rendez-vous sportifs par jour.

3 – Nous sommes fier de notre cinéma, nous n’en sommes pour autant pas d’aveugles fanatiques. Nous lui trouvons quelques lacunes, une paresse thématique et un œdipe qui se pose comme une obligation rationnelle, comme une nécessité logique. Alors qu’il s’agit d’un complexe psycho-affectif, dont certains psychanalystes mettent l’universalité en cause.

Jamel Héni

Laisser un commentaire