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Fadhel Jaïbi: je refuse de mourir mon père…

Vendredi 6 novembre 2009

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Ce papier fut refusé par une excellente rédaction de la place, une amie féministe s’esclaffa à l’unique intention de méditer le «dogme » théâtral : Fadhel Jaïbi ; même ma femme me fit la gueule en sanglotant : le nouveau théâtre, tu vas tout de même pas trouver à redire !!! Honnêtement, je ne reproche rien à mes amis. Le syndrome de l’artiste justifié, du contestataire incontesté s’explique et pas seulement par la publicité rédactionnelle d’une presse « instinctivement » et exclusivement élogieuse. Voici mon hypothèse.
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Fadhel Jaïbi plaide de nouveau « lumière» et s’affirme être une « exception » dans l’histoire de la Tunisie sur Hannibal TV. Ce sont ses mots, sans la moindre paraphrase ! Une fois à l’occasion de Hadha Ana, du temps de Ala Chabbi[1]. Une deuxième fois en commentaire à son « refuge » (aime-t-il à répéter) à la salle le Mondial, qui accueillera pour une durée de 09 mois Familia Production.

« Que le ministère mette à notre disposition le Mondial, est bon à prendre, commente-t-il. Nous ne cracherons pas dans la soupe. Mais j’ose encore croire que les autorités culturelles ont le devoir de soutenir des artistes de notre cran…Oui nous sommes les titans de la place théâtrale…Paradoxalement nous ne sommes pas toujours à la télé…Le mérite vous en revient (hannibal tv)…Non, nous n’avons pas arrêté la contestation. Et comment ?! Un artiste libre n’arrête pas de contester… ».

La petite personne de l’excellent réalisateur et fierté nationale, ne nous occupe pas ici. Nous ne traiterons pas non plus de sa production théâtrale. Sa prose suffisante nous impose, cependant, une réflexion. Pas seulement psychologique de l’ordre du « comment peut-on parler de soi ainsi ?!! ». Non, pas seulement.

Par-delà, une partie de notre sociologie y est jetée, un affect collectif qui investit de toutes les compétences terrestres, de toutes les qualités révolutionnaires nos artistes les plus brillants !!! Comme si nous en avions peur. Peur de s’attirer leurs foudres contestataires à tous crins, une divination a contrario, divination plus cléricale que soufie (tant elle s’applique physiquement à un homme ici-bas, à un artiste, à un concitoyen!!!)….Cela tient aussi à la sociologie de nos artistes eux-mêmes qui s’en tirent à bon compte en s’affublant de compétences sociales (politiques, syndicales, voire scientifiques !) bien au-delà de leurs compétences techniques avérées et généralement appréciées !!!

Sous d’autres cieux, cette folie des grandeurs, parce que c’en est une, aurait au moins été commentée, discutée, retournée dans tous les sens, excusée à la fin peut-être mais jamais tue, passée sous silence, comme cela est arrivé et arrivera probablement encore chez nous !

Nous n’avons pas d’hypothèse franche sur notre part de responsabilité dans cette cruelle absence de critique vis-à-vis des intellectuels!! L’intuition d’une structure tribalo-confrérique nous séduit à ce sujet, mais passons…

Nous avançons toutefois l’hypothèse chère au sociologue français Pierre Bourdieu en ce qui concerne la sociologie de l’intellectuel, en l’occurrence et par glissement conscient l’intellectuel tunisien. Le choix de Bourdieu, s’en trouve doublement indiqué par le mépris que nos intellectuels opposent à toute opinion compatriote d’une part et en vertu d’une « docilité » délibérée au syndrome du colonisé dont souffrent beaucoup d’entre eux d’autre part !!!!

Le mépris, oui c’en est bien un, que nos artistes tunisiens manifestent à l‘égard de la presse nationale et des contributions de certains de nos chercheurs, me rappellent la figure du contestataire incontesté, par simple disqualification de toute instance critique et par absolution de tout compte à rendre de leur contestation originelle, définitive et invariablement supérieure!!!

Figure du contestataire incontesté

Fadhel Jaïbi, homme de théâtre, mais aussi patron d’une maison de production, revendique le beurre de son statut : le devoir logistique et financier de l’Etat à l’égard des titans de la culture ! Il n’en revendique pas moins la figure du contestataire absolu « l’artiste est par définition contestataire » affirme-t-il… Le Pouvoir lui accorde des subventions, une « dé-censure » de son œuvre Khamsoun). Le pouvoir met à sa disposition une salle de théâtre (ce qu’il ne fait pas aux autres et ce que Fadhel Jaïbi justifie par l’unique excellence et précellence de sa production !!). Le pouvoir lui pardonne tout et le traite bien au regard de ce qui pourrait arriver à d’autres contestataires… !!!

Pourquoi. Eh bien, nous supposons que l’exécutif ne trouve aucune subversion réelle dans l’œuvre jaïbienne : son théâtre reprend les fondements explicites (désormais classiques) de la modernité : liberté, république, primauté du droit, figure de l’individu souverain, rationalisme, société civile, égalité, mixité, émancipation féminine, corps libre, liberté de conscience, un homme une voix, démocratie, justice sociale….Il n’y a rien de moins que l’idéologie officielle dans sa phase discursive ou simplement déclaratoire. Même la brillantissme khamsoun (au sens spectaculaire) ne remet pas en cause cela. Elle montre l’écart entre la législation et l’exécutif, elle le montre comme cela se fait chez Tawfik Jbali dans « klem ellil », voire dans certains bravissimes sketchs de Nahdi…Elle le montre crûment mais prise dans sa golobalité, l’œuvre (brillantissime on y insiste) ne démontre rien, ni les limites morales et politiques de ce fossé (entre les textes de loi et le réel) ni son bien-fondé historique.

Nous ne pouvons nous empêcher ici de souligner la conception « actualiste »[2] de l’histoire tunisienne comme produit fini, une conception, qui traverse khamsoun de bout en bout. Où le processus d’évolution ne montre que son stade final : sans nœuds factuels ou symboliques, sans antécédents ni paternité. Où les gauchos n’évoluent pas du perspectivisme au parlementarisme (comme cela leur est réellement arrivé avec tajdid[3]) et où l’islamisme ressemble à une boîte de conserve sans date de mise au marché ni péremption. L’histoire de khamsoun se déploie d’emblée sur deux blocs idéologiques figés, comme deux rocs, sans la généalogie et sans les fissures des eaux, en un mot sans l’évolution des idées dans le temps !! ( remarquons au passage que le courant nationaliste est purement et simplement exclu de la fable !)…

Cependant, nos Khamsoun ne sont rien d’autre que le cumul des ichroun, thalathoun, arbaoun avant de devenir une cinquantaine d’année…Avant de se résumer, le texte était une histoire sans les vicissitudes de laquelle rien ne transparaît du dilemme définitif, rien ne se s’impose au spectateur de l’insoutenable « match » final de doctrines aussi barbue l’une que l’autre (la détestable régression islamiste et le stalinisme qui n’a pas le courage de dire son nom, le vrai) !!!

Or la première des attentes de plusieurs ne fut rien d’autre que cela : comment en est-on arrivé là. Comment et pourquoi !!!

Alors, alors ?! Alors, rien !!! Khamsoun montre, elle ne fait pas autre chose : de l’embrigadement islamiste à la torture en garde à vue. Or, montrer n’est toujours pas contester, montrer c’est bien montrer et ça n’est démontrer quoi que ce soit. Montrer est voyeur et cathartique. Ça permet de se jouer et de la victime et du bourreau à la fois, d’être sur deux chaises, l’un et l’autre, omnipotent, sans engagement et sans inclination. Sans pour ni contre. Le pied absolu, une conscience intemporelle, les délices d’une existence exempte de jugement à subir ou à tenir. Une position d’ange, sous prétexte d’objectivité. Lors même que contester c’est bien contester une partie ou l’autre ou les deux à la fois, mais c’est contester pour de bon en se salissant les mains, en disant ce que l’on pense, sinon avec ses tripes, du moins comme hypothèse subtile et au minmum équiprobable avec d’autres!

D’où ça vient alors l’illusion contestataire dans cette savoureuse monstration désengagée !! De quel engagement nous parle Si Fadhel, en l’absence assumée (dans toutes leurs interviews, et l’auteur et le réalisateur insistent sur la neutralité de khamsoun) du moindre engagement. Nous ne disons pas qu’il faille contester ou que l’exercice artistique soit un acte de contestation, ce « surmoi » réaliste, cette obligation d’engagement, ça n’est surtout pas notre idée, loin s’en faut. Ce sont les idées de Jaïbi, confrontées à elles-mêmes. C’est sa théorie de l’intellectuel, c’est aussi ce qu’il dit depuis toujours de sa pratique théâtrale « un artiste libre n’arrête jamais de contester » et pas seulement en dehors de son théâtre dans une démarche citoyenne, mais aussi et surtout sur les planches conçues par notre homme de théâtre comme une tribune : « La contestation est inhérente à l’acte artistique de la même façon que l’acte artistique est indissociable à l’acte de citoyenneté, et nous sommes citoyens avant d’être artistes. Contester c’est remettre en question un corps saint et en sursis de maladie, c’est aussi relever des anomalies. Un corps social, c’est pareil; une cité, un pays, des Institutions, des lois, …tout cela doit être passé au crible tous les jours…Contester, n’est pas détruire, c’est interroger !
Nous sommes conscients et fiers de la responsabilité qui est la nôtre. Il n’est pas donné à tout le monde de monter sur une tribune et de s’adresser à son prochain. Le théâtre est un art extrêmement redoutable parce qu’il implique une prise de parole et une audience et on ne peut pas se permettre de prendre une parole sans en mesurer les conséquences »[4].
Tout est dit, nous n’inventons rien. Tout Jaïbi est là. Mais face à khamsoun, contester ne nous a pas sauté aux yeux, ni ne s’imposait comme intuition, encore moins comme aboutissement. A la décharge des auteurs, le récit fut neutre, et pour tout dire nous l’aimons plutôt ainsi! Sans contestes et sans contestation.

L’incontesté contestaire

Pourquoi alors parler de contestation à tout bout de champ, à l’occasion de tout et de rien, en « contestologue » !!! Peut-être s’agit-il de mécanique, de rite linguistique, à défaut de contestation réelle.

Oui c’est probablement un rite bobo, un simple « tic » d’intellos ?!. Un argument de classe. Une « idéologie professionnelle » afin de justifier sa posture à cheval : à la fois à l’intérieur et à l’extérieur du système !!!Oui c’est plutôt ce que l’on pense. C’est littéralement notre hypothèse (je dis bien hypothèse). La voici livrée par Bourdieu[5] : « Contre l’illusion d’un « intellectuel sans attaches ni racines » je rappelle que les intellectuels sont, en tant que détenteurs du capital culturel, une fraction (dominée) de la classe dominante. Et que nombre de leur prises de position en matière de politique par exemple, tiennent à l’ambiguïté de leur position de dominés parmi les dominants. Je rappelle aussi que l’appartenance au champ intellectuel implique des intérêts spécifiques…La critique des intellectuels, si critique il y a, est l’envers d’une exigence, d’une attente. Il me semble que c’est à condition qu’il connaisse et domine ce qui le détermine, que l’intellectuel peut remplir la fonction libératrice qu’il s’attribue, souvent de manière purement usurpée. Les intellectuels que scandalise l’intention même de classer cet inclassable montrent par là même combien ils sont éloignés de la conscience de leur vérité et de la liberté qu’elle pourrait leur procurer. Le privilège du sociologue (ici de l’intellectuel) est de se savoir classé et de savoir à peu prés où il se situe dans le classement !!! ».

Bourdieu redonne à la multitude son droit moderne de tenir la liberté d’expression des deux bouts. De remettre l’intellectuel dans le jeu des classements et le soumettre à la réfutation de la structure sociale et au classement politique. Sur le plan esthétique il permet de compléter un cycle tronqué : celui de la contestation à sens unique. Contestée et contestable, la figure contestataire usurpée par pure mauvaise foi narcissique, redevient ainsi liberté à double sens, liberté tout court. Et l’art et sa réception en sortent revigorés !!!

Enfin sur un plan plus psychologique : la réaffectation par Bourdieu de l’intellectuel dans sa structure sociale, laisse entrevoir une nouvelle hypothèse. On la reformulera ainsi : la figure du contestataire incontesté est littéralement une scandaleuse pirouette du moi. Après avoir tué le père, notre artiste refuse de subir le même sort par le fils !!! Depuis des années, l’unique contestataire toléré, s’arrange bien pour ne pas être contesté. Il se maintient comme intellectuel pur, comme progressiste absolu, en renvoyant perpétuellement toute critique soit à l’ignorance de son auteur soit à sa conscience de classe réactionnaire, sous prétexte d’avoir créé définitivement le nouveau théâtre (une répétition éternelle et incontestée du théâtre nouveau « absorbant toutes les nouvelles expériences qui lui succèderont ». C’est ainsi que Si Fadhel, n’en finit pas de tuer le père et le fils en même temps. Et bien je refuse de mourir papa !!!!

Jamel HENI

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[1] L’animateur qui officie actuellement sur canal 7 a invité Fadhel Jaïbi et s’est montré très complaisant à notre humble avis envers l’artiste.

[2] Sans évoquer les différentes étapes de l’évolution d’un phénomène, donnant l’impression qu’il est donné d’emblée, sans racines ni attaches

[3] Héritier du parti communiste tunisien

[4] Entretien accordé au journal Le Temps, le 19 octobre 2009

[5] Entretien avec François Hincker, La nouvelle critique, n°111/112, février-mars 1978.

Le ridicule tue toujours

Vendredi 15 mai 2009

Le ridicule tue toujours dans chronique moz-screenshotmoz-screenshot-1 dans chronique
Rien de méchant, mais nous ne pouvons retenir notre colère. Allons-y. Voilà un temps, qu’une pluiede superlatifs inonde certaines figures médiatiques. Nous en avions eu notre dose et ça commencevraiment à bien faire: « Samir El Wafi, meilleur journaliste au monde!!! »1, « Borhane Bsaïess,Seigneur des débats!!! 2», « Ghassen Ben Jeddou, le grand journaliste3 »!!! « Olfa Youssef, vousêtes l’espoir de l’Islam4!!! »… Et autres arcs de triomphes…Que se passe-t-il? Soyons sérieux, uneminute!! Les absolutismes, ça nous connaît, depuis le « combattant suprême »!!! Alors, alors!!!

Absolutisme
Les superlatifs clownesques grandissant nos trois journalistes et notre chercheuse, relèvent toutbonnement de l’absolutisme. Or, comme tout autre absolutisme, celui-ci exprime l’excitationexubérante qui fonde un culte, fût-ce de la personnalité. Elle extrapole un affect instantané surl’infinie diversité des situations et présument de l’omnipotence d’un personnage tout à faitordinaire!!! Ces épanchements, l’on ne vous apprend rien, n’atteignent pas au jugement. Au regardde la rationalité, ils offrent certes une occasion d’ « écouter son coeur » point de le suivreaveuglément!!!

Hypothèse politique
Mais alors est-ce uniquement des épanchements?! La concordance et la similitude de ces
«aveuglements volontaires », nous font dire que non. Une hypothèse politique pourrait en être avancée: les superlatifs sont plutôt conscients et tiennent de l’art -arabe- de la louange « al mad’h »,un mensonge poétique tout simplement. Ils servent une fin préméditée: se rappeler au souvenir despersonnes encensées, ou lever des boucliers idéologiques (applaudir « à l’automate »tout ce quiaffaiblit le camp adverse, massivement et sans nuance)!!!Nos encenseurs savent très bien que des millions de journalistes renverraient, d’un seul entrefilet, Samir Wafi à ses chères études, lui qui confond comme en maternelle, provocation et témérité,brutalité et audace, vulgarité et répartie . Ils savent pertinemment que les débats ne sont ni unediscipline intellectuelle, ni une fin en soi, pour que Borhane Bsaïess en soit seigneur ou serviteur,comme ils mesurent l’effort tout à fait louable, sans être exceptionnel ni terriblement novateurqu’abat Olfa Youssef5! (il ne s’agit ni de Abed Jabri, ni de Mohamed Arkoun! Ce n’est tout de même
pas Hichem Jaïet!!!)

Même pas ça!
Ce n’est même pas ça. Devant, la mièvrerie et le grotesque des louanges ci-haut citées, notre hypothèse politique se révèle trop ambitieuse. Trop relevée. Elle est surtout partiale et un peu scolaire. Sans trop nous prendre au sérieux, nous penchons plutôt vers une hypothèse pernicieuse : où se mêlent aveuglement, politique et inculture!!!. Autrement comment oser écrire « Borhane, le seigneur des débats ou élever si haut un journaliste médiocre comme Si Wafi »?!! En tout état de cause, nos « âmes justes » (disait Flaubert) ne devaient jamais laisser passer ces horreurs ordinaires….

Jamel HENI
Psychologue, Paris
1 Une page entière sur facebook!!!
2 Ala Chabbi, ancien animateur de l’émission « hadha ana » sur Hannibal Tv, présenta B. Bsaïess dans ces termes
3 Ceci figure au chapeau de l’interview par le journaliste à Hiwar.net
4 Commentaire de Tark Ibn Ziad (pseudo) sur le « mur » de facebook dédié à Olfa Youssef
5 Je suis signataire de la pétition qui défend Olfa Youssef avec d’autre plumes, au nom de la liberté d’expression, ce
qui n’interdit guère de discuter cette même expression une fois défendue, au contraire

Les nouveaux rires L’expression de Tunisie, Vendredi 15 août

Vendredi 15 août 2008

Ramadan approche. Les télés qui feront le jeûne sont en pleine action. Elles mijotent les mêmes recettes, à quelques exceptions près . Sept minutes de psalmodie coranique, liturgies, Adhan Al-Maghreb, liturgies, une demie-heure de réclame, Yaourt et demoiselles, trêve de liturgies, puis sitcom…. La gargoulette d’eau pompée, on prend sa pub en patience et on guette sa sitcom1. Choufli Hal (sort-moi de là), un tas de rire pour tous.

Contradiction, quand tu nous tiens

La comédie de situation de notre confrère Hatem Belhadj est une chronique de voisinage étrange, un psychiatre loue chez une guérisseuse. Sliman Labiedh de son nom, collectionne les cas et les gags de famille. En une demie-heure, tout y passe. Matriarcat sympathique, (matriarcat tout de même), argent facile, passion fourbe, sournoiserie permanente…La culture scientifique du médecin ne s’oppose pas au charlatanisme de sa logeuse, ça ne traite pas de la même chose, c’est tout . Le divan soulage nos conflits, la tasse trahit nos convictions. Qu’il est ennuyeux de le répéter. Une conclusion de maternelle, casse-pieds et tout ce que vous voulez: nous sommes contradictoires en permanence. Or le déni de la contradiction est la première des bêtises, précise le jeune philosophe tuniso-français, Mahdi Bel-haj Kacem.

Cette bienveillance à la contradiction sauve la sitcom de toute moralisation. La reconvertit en moralité. Voilà qui ne plaira guère aux donneurs de leçons, fieffés moralisateurs, qui passent leur vie à redresser nos torts politiques, de jeunesse, d’opinion…. Les moralistes (les artistes), eux, détestent faire la morale. Ils simplifient nos contradictions, les écornent à nous en casser le nez. Nous en sommes plus lucides, moins rougissants. Nos amis les moralistes nous délestent de « complexes » inutiles, injustifiés et collectivement surmontables. Par simple sentiment d ‘égalité entre névrosés. Passables que nous sommes, tous. Les artistes (moralistes) nous rapprochent, en nous accrochant. Que les moralisateurs ânonnent leurs poncifs entre eux. Ça les rapprochera.

Les apparences sauves

Mais jusqu’où choufli hal se révèle-t-elle moraliste? Nous sommes désolés de constater son manque de résolution là-dessus. Hatem Belhadj est un artiste non encombrant. Ses personnages peignent non pas les contradictions internes, mais bien plutôt celles qui dépassent, les contradictions apparentes, vues et connues, ressassées cela fait belle lurette. Il force le trait, le grossit, le retourne, sans trop voir ce qu’il cache. Ce n’est pas risqué tout ça. Ça navigue à vue. Vous vous y marrez sur le coup, supériorité d’acteur oblige (Kamel Touati et Mouna Noureddine y sont exceptionnels). Vous en poussez un rire ordinaire, les mêmes éclats que lorsque vous écoutez la même blague chez la même personne tous les matins. Choufli hal pastiche les maris tremblant devant leur « aicha », tourne en dérision les ploucs parvenus, l’arroseur arrosé…

Pour peu que nous nous hasardions loin de ce rire intense mais attendu, ce déjà « ri » réchauffé, pour peu que nous soulevions le défi de laisser vivre les personnages plus longtemps et plus en profondeur, nous pourrions rire du phallisme des « aicha » elles mêmes, des origines ploucs de tous et de l’éternelle leçon des cyniques: on est toujours la risée de quelqu’un, tour à tour arroseur et arrosé.

Croire que le matriarcat a donné le coup de grâce au patriarcat et signé la fin des inégalités est une mauvaise blague, une blague de mauvais goût. Le matriarcat ridicule de la compagne de Sboui (idiot de la famille) n’est qu’un patriarcat à l’envers. Est-ce pour autant une contradiction profonde? Je ne suis pas sûr. Le matriarcat est aussi insensé que l’esprit patriarche, vouloir en rire est la preuve que nous sommes égaux en matière de contradiction, sauf que vouloir en rire trahit une nostalgie profonde des femmes d’antan, celles qui refusaient par amour la guerre des sexes, Labiedh mère est toujours là pour limiter la casse de sa bru tyrannique!!!

Camper en traits vaudevillesques certains ploucs gentilhommes, c’est ne pas prendre en compte leur lutte à mort contre une vieille aristocratie fauchée et inutile, une aristocratie cynique qui finira ses jours croquée férocement…

Ce sont ces faisceaux de contradictions aussi obscures qu’encombrantes, qui nous « tueront » de rire. Tant elles sont insoupçonnables, subtiles et « graves »….De nouveaux rires, en somme. Grâce à un moralisme entier, encombrant et assumé. Hatem, le bon Hatem en est capable. Pourvu que certains acteurs suivent: le mièvre chichi de certaines actrices simulatrices, sans talent et sans imagination, gagnerait à passer à la trappe (y en a une qui n’a même pas sa place dans cette série!), « savannn » ne faisant plus rire (si jamais elle l’avait fait!) devrait le céder à meilleur « leitmotiv », Sboui ( un garçon doué) peut mieux faire le pitre en découvrant d’autres facettes du personnages, en rebondissant, en atteignant à la contradiction de l’idiot-philosophe ….

Hatem Bel Hadj a parcouru la moitié du chemin, le téléspectateur doit l’aider à trouver la bonne adresse. Vers un rire nouveau.

 

Jamel HENI

jamelheni@netcourrier.com

Rubrique tél: Prise de poste,

1une contraction de l’anglais Situation comedy (comédie de situation)

Prise de Poste (Lexpression de Tunsie) 08/07/2008

Samedi 9 août 2008

Les colifatos menacent

 

 

Colifata1, ainsi s’appelle la radio des «déficients mentaux» de Buenos Aires. Dirigée par le jeune psychologue Alfredo Olivera, la Colifata est exclusivement animée par les «colifatos» (patients) de l’hôpital neuropsychiatrique Borda. Elle est aujourd’hui diffusée par 50 émetteurs locaux. En 2000 elle a été l’hôte du Congrès mondial de la communication organisé par l’Union des travailleurs de la presse de Buenos Aires (UTPBA), et cette année, elle rapplique au Salon du livre de la capitale argentine.

Idiots de la télé

Je n’en parle pas pour snober, je me sens très concerné par cette radio «communautaire» argentine. Et rassurez-vous, je ne suis pas le seul, d’autres la lorgnent, ils sont nombreux, plus que vous n’imaginez. Comme les «Colifatos», nous ne sommes pas pris au sérieux par la télé, mis au ban du foot, du fitness gratuit et obligatoire et autre chanson sans auteur! Et pour appeler les choses par leurs noms, nous sommes les idiots de la télé.

Nous relevons du cas désespéré de la «culturoïte», une psychose qui fait pâlir les animateurs de la terre entière. On lui connaît deux symptômes majeurs : le besoin de savoir et celui de comprendre. Tels les Colifatos, nous ne comprenons pas beaucoup de choses à la «footite»2 de la chaîne nationale où l’on saute tous les jours plus haut pour attraper le moindre ballon qui monte! Nous ne comprenons pas non plus sa «ventrite» (danse du ventre), avant, au milieu et après le repas…

Notre Colifata

Rien d’autre que des Colifatos, nous ferons notre propre télé. Une télé de fous. Avec un peu plus de raison. De lucidité. D’esprit et de discernement. Nous verrons des films, beaucoup de films, sans l’écran de l’unique parti du «féminisme cinématographique national»3 (Un féminisme biologisant de monstration et non le sublime combat des mères et sœurs militantes). Nous prendrons parti pour l’un ou l’autre homme politique en débat télé-musclé. Nous amuserons nos oreilles en compagnie de chanteurs fous de chant, tellement fous de chant, mais tellement fous… qu’il chanteront en tunisien et que nous en perdrons la raison! Et puis nous aurons des informations utiles sur les ornières derrière les hôtels de ville, le phosphate qui disparaîtra dans quelques années, la crise de l’eau, le vrai relevé de compte national, le lait cher et l’électrification du train d’Hammam-Lif qui aura duré trente ans. Nous diffuserons des images de jeunes filles du calvaire, de militants syndicaux en nuit d’hôtel et autres vols familiaux. Nous aurons un bulletin de circulation à la frontière et une balance matinale de grèves annulées de «coup-main» accord…

Fous pour fous, nous le seront jusqu’au bout. Des colifatos…

1 – Cela signifie «dingue, pas net…» en argentin

2 – Il existe au bas mot quatre émissions sportives fixes, sans compter les événementielles, les rediffusions et les spéciales. Nous devrions en tout et pour tout avoir un à deux rendez-vous sportifs par jour.

3 – Nous sommes fier de notre cinéma, nous n’en sommes pour autant pas d’aveugles fanatiques. Nous lui trouvons quelques lacunes, une paresse thématique et un œdipe qui se pose comme une obligation rationnelle, comme une nécessité logique. Alors qu’il s’agit d’un complexe psycho-affectif, dont certains psychanalystes mettent l’universalité en cause.

Jamel Héni

Prise de poste (L’expression de Tunisie) 08/08/2008

Vendredi 8 août 2008

Prise de Poste

08/08/2008

 

Le passeport de si H’bib

 

Nous sommes au plus fort de la guerre. Peu de reporters se bousculent aux bunkers. Là-bas en Bosnie, arrière, arrière garde de l’Europe. Pas une destination, franchement! Tout le monde fait comme tout le monde: des dépêches. Bâtonnons, bâtonnons. Pendant que certains font le malin: John Burns, du New York Times et H’bib Ghribi de la télévision tunisienne. Le monde ne jure que par le premier. Le deuxième a fait mieux: son travail. Honnêtement, passionnément, du fond des tranchées, parmi les troupes bosniaques, volontaires enrôlés au pied levé par un Begovic trop poli pour aller vite en guerre.

Si H’bib, tournait casqué botté, son énième « Passeport »1 en Bosnie. Si mes souvenirs sont bons. Un obus le manqua de peu. Il remballe, reprend à la première « pause ». Gardé de prés par un gaillard mi civil mi soldat. Il alterne Anglais, Français et pantomime pour traduire. Le « passeport tunisien » fait le tour des barricades, escadrons, découvre cette armée de fortune…Un haut gradé lui serre la main et le cœur d’horreurs chiffrées. Ghribi corrige l’inventaire aux viols et cadavres. A la hausse. Dans les 300000 milles pour les seconds, les sévisses sexuels dépassant tout entendement. Ils violaient des mineures, les salauds d’en face.

Téléréalité d’une sale guerre. Le jury tunisien aurait auditionné tous les acteurs, avant de donner son avis: un haut le cœur général. Les journaux de la place ne bâtonnent plus, fouillent leur « passeport ». La Bosnie proche des yeux était devenue proche du cœur. C’était à la télévision tunisienne, du temps de si H’bib.

J’en parle ici à l’occasion de l’arrestation du boucher de Sarajevo, Radovan Karadzic. J’en parle aussi afin de rappeler que la télévision nationale n’a jamais désemplit de journalistes de talent, rigoureux et tout… H’bib et d’autres confrères aînés avaient toujours trouvé la parade, ex-filtrant un système de censure, d’incurie médiatique organisée. Véritables poil à gratter, une haute idée du journalisme dans les tripes, ils n’avaient jamais lâché, avaient même trouvé le sésame comme à Passeport. La prohibition du journalisme politique… ils étaient tellement rodés pour se convaincre de l’inverse! L’irruption dans les parages de journalistes limités et limitatifs, dont le rôle est de flagorner en illimité, n’en faisait pas des énergumènes. Ils savaient la presse fragile, à plusieurs maîtres, disaient Bourdieu2 et mettaient un point d’honneur à ne pas disparaître. Quitte à se réfugier dans le journalisme des autres: rigoureusement, courageusement, « Passeport » à la main.

D’aucuns n’y verront aucun mérite. Que si. C’est le combat du métier. Le métier de journaliste. Même à saluer les acquis tous les matins, avec si H’bib, il fallait le faire en journaliste; pas en prosélyte. L’apostolat médiatique avait fort à faire, devant le professionnalisme (qui est une forme de courage) de journalistes diplômés ou formés sur le tard, au bâton. La carotte n’était pas encore née…Le mérite de si H’bib était d’avoir prémuni les mots du journaliste, son approche, sa sagacité voire son port. C’était d’avoir retardé l’avanie de la profession à la télé, sa déchéance.

Mais le « Passeport » était un signe prémonitoire. Son départ se précisait. Avec les satellites, il se planifie. Dubaï, Al-jazeera…Il ne sort plus son « passeport » pour travailler! La cagnotte satellitaire? Pas seulement. Quand bien même il en avait le droit, étant donné le salaire blessant du journaliste tunisien. Si H’bib était un bon journaliste, il serait devenu mauvais s’il était resté… Aujourd’hui, sans affecter l’inflexion orientale, en prononçant bien le « thad », lettre de noblesse arabe, sans y ajouter des circonflexes charqîs, il officie aux news d’Al-jazeera. La même fraicheur, la même faconde. Si H’bib c’est l’histoire de beaucoup de Tunisiens qu’on n’a pas laissé tranquilles et qui ne nous laisseront pas en paix, jusqu’à ce qu’on change. Qu’on comprenne enfin que la professionnalisation du journalisme est au moins aussi nécessaire que le foot professionnel…

Jamel HENI

jamelheni@netcourrier.com

 

1Magazine d’actualité étrangère qu’il présentait sur la chaîne nationale

 

2Sociologue français, décédé début des années 2OOO

Prise de poste, l’Expression (Tunisie) 01/07/2008

Jeudi 7 août 2008

Prise de poste

01/07/2008

Le vendredi saint

Sacré vendredi. Les mondains «fidèles» du premier art fêtent ce jour béni devant leur poste en compagnie de l’astre d’Orient, Oum Kalthoum. Il n’y a pas mieux pour animer la soirée sur Tunis 7 ? La chaîne sait gâter son pieux public en variant les immémoriaux récitals de la diva. Ils ne se démodent pas, il faut dire.

L’indélébile ‘‘Inta Oumri’’ à Tunis, son mouchoir, le micro-chanteur suspendu à ras de tête, l’empattement et la claque d’officiels qui se lâchent… On peut tout restaurer de mémoire. Car il existe une véritable mémoire Oum Kalthoum chez tous les Tunisiens, c’est ainsi. Elle nous vient de l’écoute personnelle et des vendredis «saints».

«Es-set» a porté le chant arabe dans les cimes et Tunis 7 le lui rend bien. C’est la moindre des politesses. Cela s’entend. Cela se comprend. Je veux bien. Je n’en suis pourtant persuadé qu’à moitié. L’«exception cairote» est sans aucun doute inimitable, inégalée. Elle a poussé les limites du chant et de l’expression à des niveaux inespérés, son génie était nécessaire à la culture arabe. Toutes ces portes sont aujourd’hui ouvertes, on n’a rien à défoncer. Notre remarque se limite au mythe d’auto-engendrement, dont procède ce «monothéisme» vocal. La divinité de la diva.

Oum Kalthoum était longtemps portée sur les épaules de géants, entourée des monstres sacrés de la composition, des poètes de talent, elle était «protégée»! Et puis quels émules avait-elle, Asmahan, Halim ! Ensuite, quel rôle lui avait-on proposé de jouer, sous quelle bannière, à quelle époque? Et l’astre d’Orient, cette implosion linguistique, ne porte-t-elle pas si haut, si loin. Pourquoi fait-on comme si tout cela était secondaire, absolument anecdotique ?!

Outre ce mythe de l’auto-engendrement, notre remarque s’étend à la justice artistique. Je connais beaucoup de mélomanes qui ont plus d’atomes crochus avec d’autres voix arabes et pas uniquement égyptiennes. Je pèse bien mes «maux» quand je dis beaucoup. Des fans de Wadï Essafi, de Fayrouz et bien d’autres. Ceux-là ont-ils droit à quelque vendredi saint ? Est-ce léser la majesté d’Es-set que d’en rediffuser les joyaux.

Enfin notre remarque touche à la sociologie. Tentation totalitaire ou peur du multiple, j’ignore, je suis incapable de répondre. Je constate tout juste, que le «monothéisme» qui nous lie à la diva est à l’image du parti unique, de l’Égypte unique, de l’unique Orient, la regrettée Grenade. A-t-on si peur des pères que nous ne pouvons le devenir nous mêmes ? Une chose est sûre, ce n’est pas en pensant ainsi que l’astre d’Orient, l’était devenue, enfin! Levons la tête, bon sang.

Le samedi aussi

Passons. De quoi samedi est fait. Encore une fidélité. La pompe du présent, cette fois-ci. Ce que nos régions sont belles et ce que nos régions sont gentilles. Les fiertés industrielles, les aides, du vitre et des feux, quelques cravates et beaucoup de nature. L’émission politico-musicale du week-end est une gloire au présent. Mais quelque chose nous fait dire que cette gloire est incomplète. Le chômage des cadres, les difficultés des agriculteurs, la flambée des prix et la fragilité du tourisme…, nous sommes loin des «petits Singapour» hebdomadaires. Le prix du pétrole fracassant les gueules, allons-nous mieux résister que tout le G8 ?

Il y a d’autres cravates à voir, mal nouées celles-ci, elles entourent les cous verts des frais émoulus de la fac. Il y a la blouse grise des paysans qui attendent un menu mandat, et le coup de fil d’une «bonne» enfant en ville ! Il y a d’autres régions à visiter, des émeutes qui attendent une couverture et non notre couvercle médiatique. Il y a les violences urbaines qui gangrènent des pans entiers de la Tunisie profonde. Le rêve d’Europe et les «brûleurs» noyés. Il y a et il y a…

Et puis à qui s’adresse l’émission, aux gens ou à l’administration. Si c’est aux gens, le ton rasant finira par lasser. Platitude, langue de bois, anachronisme surtout. Il y a comme une tentation de se justifier. Mais pourquoi, et vis-à-vis de qui? Les réalisations parleront d’elles mêmes. Et si l’on tient absolument à en parler n’est-ce pas aux intéressés de le faire, aux citoyens eux-mêmes. C’est ainsi que ça se passe dans des mondes meilleurs en tout cas.

Jamel Héni

 

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Prise de poste, l’Expression (Tunisie) 11 juillet 2008

Jeudi 7 août 2008

Narcisses de plateaux

11 juillet 2008

Fait-on apprentissage de la liberté ? Nos thématiques (sportives et culturelles) des télés publiques et privées sont de plus en plus houleuses, un tantinet grivoises. À fleur de peau, les garçons et filles qui les animent ont le verbe haut, la complaisance dans les chaussettes, ils coupent et disconviennent. Des «rien ne vaut, tout se vaut», revenus de tout, rendus à rien.

Nous ne nous permettrons pas de faire la fine bouche. Toutes les occasions de liberté sont bonnes à prendre. Rien à laisser, au point où l’on en est. Même à tirer des plans sur la comète. Voilà pour le principe. Les intentions. Mais, pavé de bonnes intentions, le chemin de l’enfer n’est pas obligé. Il y a toujours un sentier, même battu pour passer son chemin.

Nos animateurs n’ont point besoin de créer une polémique secondaire, se payer le luxe de farfelues controverses. Ce ne sont pas les problèmes qui manquent. La fraude en sport et le népotisme dans le domaine culturel. Pour ne s’arrêter qu’aux «évidences». On peut y ajouter la lutte des classes sportives et le rapport de force entre musique officielle et théâtre indépendant. On peut même aller au fond: parler dans un esprit sportif du syndicat des musiciens qui chante bas. Tirer les marrons du feu et imaginer un syndicat sportif, cette fois… Ce sont des choses à dire. Ça va dans le sens de la liberté d’expression, du débat culturel. Ça ne sert pas seulement l’audience des petits narcisses des plateaux. Mais nos petits narcisses ne semblent avoir d’yeux que pour leur reflet dans la rivière! Ils monopolisent la parole, confondent sens de la répartie et esprit de contradiction, véhémence et précision, ajoutent leur grain de sel à toutes les réponses, le temps de parole de leurs invités est compté, pas le leur, ils sautent assis du coq à l’âne et d’un âne à l’autre sans peur de capoter… Leur petite idée de derrière la tête, une petite idée fausse, c’est qu’ils sont la star de leurs propres émissions, pas leurs invités. Il aurait ainsi suffi de lancer une émission pour défrayer la chronique et avoir son fan club, du jour au lendemain ! Ne sont-ce pas les stars qui rehaussent de leur présence une jeune émission, y attirent leurs fans. N’est-ce pas pour cela qu’on leur fait la cour, moins que pour les beaux yeux…

Erreur de jeunesse, erreur tout de même. Nos petits narcisses semblent pressés, ils n’ont pas le temps pour de vieilles questions toutes bêtes, du genre: À quoi bon ? Pourquoi paraître à la télé ? Ne pas y paraître ? Suis-je prêt(e) ? Est-ce ma place ? Le moment? La bonne chaîne ? L’avenir ?

N’allons pas plus loin. Ne posons pas les questions de la ligne éditoriale, du financement, des maîtres d’œuvres et des sanctions…

L’animation n’est pas simplement une pile de boîtes à ouvrir, ce n’est pas l’ensemble des questions qu’on ne pose jamais à l’école, ni un devoir de «déhanchement» national! C’est bien plus que ça, l’animation. Toute une psychologie et certainement une politique. La liberté est un bien. Il s’agit d’en faire un bien collectif et pas simplement un avoir de narcisse.

Jamel Heni

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Prise de poste (L’Expression de Tunisie) 8 août 2008

Lundi 4 août 2008

Prise de poste 8 août 2008
L’Expression, Magazine tunisien

Minorités dites-vous ?

L’opposition pourra répondre lorsqu’un propos officiel concerne la politique nationale. C’est la dernière pirouette de Nicolas Sarkozy pour passer l’une des réformes les plus lourdes, celle des institutions.

Pour peu que nous cédions à notre idéal d’intégration nationale, nous ne pouvons nous empêcher de faire le lien avec la présence de l’opposition tunisienne – quand elle existe – à la télévision nationale. Nous n’en sommes pas au temps de parole, nous en sommes tout juste au registre de présence, au «spot», quelque spot comme on fait si bien pour les biscottes et le shampoing. Les leaders de l’opposition réformiste, les dirigeants des partis représentés au parlement ne passent que fort rarement à la télé. De parfaits illustres inconnus, ils apparaissent, en haie d’honneur lors d’une fête nationale ou religieuse, quand ils sont reçus ou décorés, une fois l’été, une autre l’hiver, entre temps ils étalent une patience en regardant la télé. Après tout, personne ne les oblige à s’opposer pendant si longtemps. Majeurs et opposants, ils s’assumeront.

Bon Rcdiste

Soyons sérieux, c’est à croire que le citoyen lambda doive croiser l’opposition à la rue, frapper à la porte du premier secrétaire pour connaître le programme de son parti. S’il se pique de politique et qu’il projette de détester à mort toute opposition, s’il désire s’encarter au Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD, parti de la majorité au pouvoir), il faudrait au moins que notre cher citoyen puisse saisir la différence entre les deux. La gauche ? La droite ? Communiste ? Socialiste ? Libéral ? Réformiste ? Radical ?…

Puisse-t-il s’y retrouver avant de devenir le «bon Rcdiste» qu’ils aiment et non pas simplement un Rcdiste par incompétence, un Rcdiste d’artifice! Le Tunisien idéal, qui sera de toute manière Rcdiste, pourra le décider en parfaite connaissance de cause !! Il pourra apprendre sur les bouts des doigts les «impairs» des ses ennemis et au passage leurs idées. Son engagement contre les filières d’opposition, son sens du devoir, de l’interdit et de l’orientation, son activisme et sa fidélité n’en seront que grandis !

Télé-minorité

Comme son nom l’indique, la télévision nationale n’est pas une amusette de majorité. C’est un outil d’intégration nationale. Les minorités raciales, ethniques, religieuses ou politiques doivent pouvoir y passer. N’est-ce pas du devoir même de la majorité de protéger les minorités, leur donner une télé-visibilité nécessaire au débat démocratique ? Quel serait l’avenir d’une majorité qui occupe toute la scène, sinon ? Il n’y aura plus rien que la scène, répondra l’autre !

Est-il besoin de rappeler que la majorité n’est que la somme de minorités en accord ? Qu’au commencement était la minorité et que celle-ci avait mis longtemps à comprendre le b.a-ba: d’abord le nombre, les idées suivraient ?

Est-il besoin de rappeler qu’avant d’être un nombre, la majorité est d’abord une humanité et qu’à ce titre, elle doive admettre que des hommes et des femmes puissent sortir de ses rangs, faire la gueule ou le pitre. Tout cela sans être traités de minorité… Tout cela sans qu’un traître mot de «majorité» ne vienne rappeler au monde entier que c’était le quart d’heure de minorité et que demain sera un autre jour…

Un dernier mot cependant, nous sommes une majorité à le penser. Ah, non, non, une minorité pardon !

Jamel Heni

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Mardi 29 juillet 2008

Prise de poste

Qui sème le foot…

 

Cette fois, il faut en faire une montagne. Tunis 7 et particulièrement Hannibal TV peuvent-elles nous tourner en boucle les images du hooliganisme tunisien, sans le moindre cas de conscience ? Sont-elles si étrangères à la passion du foot qu’elles ne soient point concernées par la rodomontade. Ont-elles raison de décliner si béatement toute responsabilité ?

Le gros budget alloué au foot, ce ballon qui ne tourne pas rond, le gros «pont» des «joue-heures», la culture en troisième remplaçant ! Dimanche sport, lundi sport, troisième mi-temps, belmakchouf, vendredi sport, trois «souya» sport… Autant de balles dans leur camp!

On joue un peu à Canal. On oublie qu’on est au service public. Plein foot pour plaire et pour taire. Canal 7 et Hannibal, ont trop plu. Beaucoup plus tu. Par un simple phénomène de conditionnement, une marée de jeunes et de moins jeunes discute de ce qu’elle voit le plus: une peau de balle. Ils en parlent mieux que quiconque. «Tu ne connais pas le foot» passe pour l’insulte suprême. «Je le connais mieux que toi», la réplique qui tue.

Peau de balle

Les jeunes du monde entier suivent le foot. Ils connaissent les noms de joueurs sur les bouts des doigts. Les nôtres ont deux longueurs d’avance. Ils sont capables de citer par cœur leur agitateur de gradins préféré et le repas du soir, section benjamins. Ils doivent cette culture à la télé. Et s’ils viennent à en louper une «dakhla» (1), il reverront l’entrée des joueurs à la rediffusion, lundi après-midi. Au pire, ils regarderont l’intégralité des entraînements des équipes et des supporters, plus tard sur Hannibal…

Aucune télé au monde ne diffuse régulièrement les «répéts» du comité de supporters d’un club. C’est creux, «domestique», ça ressemble drôlement à une après-midi chez le coiffeur. Pas plus que les moindres vitupérations d’un troisième gardien, ailleurs on s’en moque comme du dîner du voisin. Alors quand on nous sert les tribulations d’un futur adjoint ! Manque-t-on si cruellement d’événements sportifs, d’effort physique, perd-t-on si vite le ballon…

L’essentiel et l’accessoire

Le traitement égal entre public et joueurs, «dahkla» et penalty, entre but et file d’attente, n’informe de rien et mélange serviettes et torchons. Cela donne un caractère essentiel aux détails purement accessoires. Une dimension rituelle, presque confrérique. Les progrès des gradins sont si bons s’ils s’accompagnent d’un progrès dans le jeu. Or, on ne cesse de casser les cordes d’olé ola; rien que pour nos pieds cassés. Que laisserait-on à Zidane chers amis ?

Et pourtant, ce ne sont pas les grandes dakhlas qui nous ont donné Dhiab et autres Hamrouni. Les joueurs sont antérieurs à la passion dont on les couve. Ils s’en nourrissent, mais n’en naissent pas. Un foot raisonnable à la télé les ramènerait sur terre, une terre d’hommes et de sueur. Une terre «battue», pleine, qui s’emballe. Cette terre-là ne fait pas de différence entre un pied et l’autre.

Les images massives de hooligans tunisiens sont à voir, mais de ce bout-là. Notre télé plein foot ne peut s’en laver les mains. Elle en est complice. Doit en répondre.

Preuve à contrario, la dernière euro 2008 : aucun incident entre bandes rivales. Pour la bonne raison que la télé suisse diffusait en aval et en boucle des émissions euro-centrées, les grandes réalisations du continent, pays par pays. Et une fois le ballon entre les mains de l’arbitre, on le lui laisse et on vaque à d’autres occupations. Qui sème le foot, récolte la foutaise…

jamelheni@netcourrier.com

1 – Cérémonie d’entrée des joueurs organisée par les comités de supporters.

par Jamel Heni

L’expression Edition en ligne du 23/07/2008

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